En numérologie chinoise, le chiffre « neuf » a toujours eu une signification particulière, représentant les extrêmes. Voilà pourquoi, 2019 avait débuté dans une certaine appréhension. En effet, les années se terminant en 9, ont toujours été marquées par des évènements violents, émeutes, manifestations, répressions, guerres… En 1949, le Kuomintang perdait la guerre civile et battait en retraite à Taiwan. Les communistes prenaient alors le pouvoir et Mao fondait la « Nouvelle Chine ». En 1959, le Dalaï-Lama était contraint de s’exiler en Inde. Une décennie plus tard, la Chine s’engageait dans un conflit militaire frontalier avec l’URSS pendant quelques mois. En 1979, la Chine engageait une sanglante guerre de dix-sept jours, sur la frontière sino-vietnamienne. 1989 était marqué par le Printemps de Pékin. Puis, au tournant du XXIème siècle, des manifestations anti-américaines agitaient la capitale après le bombardement de l’ambassade chinoise à Belgrade. Enfin, l’été 2009, des émeutes interethniques éclataient à Urumqi (Xinjiang) et faisaient près de 200 morts…
2019 n’échappait pas à la règle. Cette fois, c’était un projet de loi d’extradition à Hong Kong qui mit le feu aux poudres. L’ampleur de la contestation prit le leadership de court et révéla au grand jour le malaise ambiant dans la RAS. Six mois après le début de la crise, ils étaient encore 800.000 à défiler pacifiquement le 8 décembre.
2019 était aussi l’année des rebondissements, jusqu’aux dernières semaines. En réaction à l’adoption par la Chambre américaine des représentants d’une résolution visant à « sanctionner les responsables des détentions arbitraires en masse de Ouïghours », la Chine se lançait dans une vaste campagne médiatique pour promouvoir sa version des faits au Xinjiang, quelques jours avant la journée internationale des droits l’Homme (10 décembre). A cette occasion, le gouverneur du territoire autonome Shohrat Zakir, faisait une surprenante déclaration : « tous les détenus ont déjà reçu leur diplôme et trouvé un emploi. D’autres continuent à suivre des cours sur base volontaire ». Si cette affirmation est véridique, combien de détenus ont été relâchés ? Ont-ils intégré des communautés surveillées ? Quelles sont leurs conditions de travail ? Autant de questions sans réponses…
Également le 10 décembre, Pékin inculpait formellement les deux Canadiens détenus en Chine depuis pile un an, accusés d’espionnage. D’ici fin janvier 2020, M. Kovrig et M. Spavor sauront s’ils sont poursuivis. Sans hasard du calendrier, la justice canadienne se sera entretemps prononcée sur l’extradition de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, aujourd’hui en liberté conditionnelle. Dans une lettre ouverte, la fille du fondateur de Huawei déclarait avoir connu « la peur, le désespoir et le tourment » depuis son arrestation. Son sort ne réussissait toutefois pas à émouvoir le public chinois, plus préoccupé par la mésaventure d’un ex-employé de Huawei, détendu 251 jours pour avoir réclamé les indemnités qui lui étaient dues. En quelques jours, Li Hongyuan, 35 ans, devenait une icône, persécuté par son ancienne entreprise et abandonné par le système.
Sur le front de la guerre commerciale, un accord « phase 1 » était enfin annoncé le 13 décembre, marquant un cessez-le-feu, sans grand enthousiasme. Peu de détails étaient révélés sur son contenu, ce qui n’augurait d’aucune avancée majeure. Les Etats-Unis annonçaient la baisse de 15% à 7,5% de leurs tarifs douaniers sur 120 milliards de $ de produits chinois, et l’annulation d’une nouvelle salve tarifaire prévue le 15 décembre, devant frapper jouets et smartphones « made in China ». En échange, la Chine renouvelait ses promesses en matière de protection de la propriété intellectuelle et s’engageait à acheter un montant encore inconnu de produits américains, notamment agricoles (soja, porc…).
Après un an et demi de guerre ouverte, ce conflit a fait beaucoup de dégâts de part et d’autre pour très peu de bénéfices. Pour le Président Trump, cela revenait à éteindre un incendie qu’il avait lui-même allumé. Cependant, en période de campagne électorale, cette nouvelle devrait apaiser les marchés et être bien accueillie par les farmers américains. La Chine elle, n’a cédé sur aucune demande de changements structurels de son économie. Dans ces conditions, il est difficile de voir quels seraient les incitatifs pour Pékin de le faire dans une « phase 2 ». Pour l’instant, le seul constat à tirer est que cet accord ne va en aucun cas mettre un terme à la confrontation stratégique entre Chine et USA, et ce, même si Trump n’est pas réélu l’an prochain. La suite…en 2020 !
1 Commentaire
severy
16 décembre 2019 à 10:13C’est-y pas merveilleux? Au Turkestan chinois, il suffit d’aller « volontairement » en prison – oh, pardon, en camp de rééducation idéologique – pour obtenir un diplôme (de quoi, on se le demande…) et de trouver du travail (lequel?). Et tout ça aux frais de la princesse. Elle est pas belle, la vie? Qu’est-ce que le régime attend pour étendre cette mesure à tout le pays? Ah! c’est déjà fait? Ben voyons, je m’disais aussi…