Depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, un effort constant de Xi Jinping a consisté à s’entourer d’une garde rapprochée de cadres loyaux à tous les postes-clé. Ils sont placés à l’Assemblée Nationale et au Comité Central, mais aussi dans les 22 « groupes directeurs » omnicompétents, grignotant les attributions des organes civils et du Parti. Xi crée ainsi un régime de type inédit, moins collégial que présidentiel. Le but est d’écarter ses adversaires, et faire passer ses réformes rapidement.
Nous présentons ici quelques uns de ces fidèles, pour la plupart repérés par Xi au long de sa carrière, depuis 1980, à l’université Tsinghua, puis entre ses postes dans le Zhejiang, au Fujian et à Shanghai. Ils sont souvent jeunes (de 52 à 65 ans), publiquement déférents envers leur patron, et volontiers ombrageux (comme lui-même) envers l’Occident et sa démocratie, « le système à ne pas suivre ».
Dans cette structure de pouvoir créée par Xi Jinping, le sommet de la pyramide, est la Sécurité publique.
À 65 ans, Li Zhanshu est chef du personnel de Xi, membre du Politburo, patron du Bureau général du Comité Central et du groupe directeur des affaires de sécurité. Il est très ami avec Xi depuis les années ‘80 quand il dirigeait le comté de Wuji à Shijiazhuang (Hebei) tandis que Xi gérait celui de Zhengding. Li se substitue parfois en visite officielle, au ministre des Affaires étrangères, comme en Russie pour rencontrer Poutine.
D’autres hommes à suivre dans la sécurité publique sont Wang Xiaohong, 57 ans, qui servit au Fujian sous Xi. Il est aujourd’hui vice-ministre de la Sécurité publique. Baptisé sur internet « commandeur des 9 portes » (qiu men tidu 九门提督, titre de l’époque Ming), il est aussi chef de la police de Pékin.
Fu Zhenghua, 61 ans, est un autre superflic. Devant sans doute son poste à son rôle dans le déboulonnage de Zhou Yongkang, il rapporte directement à Xi.
Meng Qingfeng, 58 ans, l’ex-chef de police de Xi au Zhejiang, est un autre n°2 à la Sécurité publique, en charge du nettoyage de la bourse.
Fang Xinghai, 51 ans, est nommé n°2 à la CSRC, tutelle de la bourse. Ancien de Stanford, il fut rappelé en Chine en 1998 par Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque Centrale.
Secrétaire du Parti au Guizhou, Chen Min’er (cf photo), un des plus jeunes fidèles de Xi (55 ans). De 2002 à 2007, il était chef de la propagande au Zhejiang sous Xi, et a publié au journal local 200 articles de son patron, qui sont aujourd’hui devenus le petit livre de la pensée du chef de l’Etat. Il semble être bien placé pour devenir son candidat à sa succession en 2022.
Il sera rival de deux autres étoiles montantes : Hu Chunhua, Secrétaire du Parti à Canton, soutenu par Hu Jintao ; et Sun Zhengcai (cf portrait), Secrétaire à Chongqing, défendu par Jia Qinglin, de l’écurie Jiang Zemin.
Liu He, 64 ans (cf portrait), est le 1er conseiller économique de Xi, patron du groupe directeur des Affaires économiques et financières. Auteur du plan des réformes d’ici 10 ans, il fait figure d’exception parmi tous les hommes de Xi : cet homme brillant, un « Jacques Attali » chinois, conseille les Présidents depuis 20 ans, dont Jiang Zemin et Hu Jintao.
Il se trouve secondé par Shu Guozeng, ancien secrétaire de Xi, nommé depuis 2014.
Pourquoi le général Liu Yuan, à 65 ans, est-il nommé en mars n°2 du groupe finances à l’Assemblée Nationale ? Militaire, il n’a pas de compétences en ce domaine, ayant servi dans l’APL comme commissaire politique. Mais ce fils de Liu Shaoqi (successeur de Mao) a montré sa fidélité au n°1 en abattant pour corruption, les grands adversaires de Xi : les généraux Gu Junshan, Xu Caihou et Guo Boxiong, nommés par Hu Jintao. Pressenti prochain vice-président de l’ANP, Liu arriverait à ce poste aux finances pour surveiller Zhang Dejiang (cf portrait), le conservateur président de l’ANP, opposé à Xi, et pour réduire le pouvoir d’obstruction aux réformes des « petits princes » repliés dans l’enceinte parlementaire.
Deux hommes reçoivent la charge de briser la liberté de l’internet. Futurs n°1 et n°2 du groupe directeur de la sécurité de l’internet, Xu Lin, 52 ans, et Cai Qi, 60 ans sont fidèles parmi les fidèles. Cai Qi n’appelle le n°1 du Parti que sous les vocables de « Secrétaire Général Xi Dada » (c’est-à-dire « oncle Xi »), ou « patron Xi ».
Ex-chef de la taxation à Xiamen, He Lifeng, 61 ans, était en 1987 parmi les invités du mariage de Xi Jinping et de Peng Liyuan. Il passe vice-président de la NDRC, en charge du futur réseau intercontinental « une ceinture, une route ».
Enfin Wang Huning (cf portrait), 59 ans, autrefois professeur à Fudan (Shanghai), est l’inventeur de la théorie néoautoritaire inspirée de Singapour. Tout comme Liu He, il a aussi conseillé politiquement Jiang et Hu.
Il resterait bien des hommes à évoquer, à commencer par le plus célèbre, Wang Qishan patron de la police du Parti. Mais aussi Miao Wei, ministre des Industries de l’information, auteur du plan à 10 ans « Made in China 2025 » ; Ding Xuexiang, 53 ans, dernier entrant au cercle des fidèles, secrétaire particulier du chef de l’Etat. Chen Xi, 63 ans, est le n°2 au département de l’Organisation, à la tête de toutes promotions et nominations ; Huang Kunming est n°2 à la propagande, Chen Yixin, 56 ans, n°2 au groupe central à l’approfondissement des réformes…
Ne nous y trompons pas, certains de ces hommes ont de bonnes chances de tenir la Chine, y compris au sommet, dans les dix prochaines années.
Sommaire N° 12 (2016)