Editorial : Pékin courtise les grands patrons étrangers

Pékin courtise les grands patrons étrangers

Comme chaque année depuis 2001, Pékin invite les patrons des plus grandes multinationales à participer au China Development Forum (CDF), événement durant lequel les dirigeants chinois leur présentent les priorités économiques de l’année et cherchent à les convaincre de continuer à investir dans le pays.

Signe de l’attractivité du rendez-vous : l’édition 2025 du CDF a attiré 17 nouveaux venus sur 86 participants originaires de 21 pays différents, d’après le quotidien nationaliste Global Times. Parmi les groupes présents, Apple, AstraZeneca, Bain, BMW, BNP, Deutsche Bank, Estée Lauder, FedEx, IKEA, KPMG, McKinsey, Mercedes-Benz, Nestlé, Pfizer, Qualcomm, Schneider Electric, Siemens, Standard Chartered, ou encore TotalEnergies.

Plusieurs groupes américains ont toutefois fait l’impasse cette année, se retrouvant pris en étau entre Pékin et Washington. C’est notamment le cas de Walmartconvoqué ce mois-ci par les autorités chinoises pour avoir fait pression sur ses fournisseurs locaux pour qu’ils supportent la hausse des coûts engendrée par l’augmentation des droits de douane imposée par Trump.

Pendant 48h, les grands patrons ont donc enchaîné les symposiums et les tables rondes dédiées à la consommation – grand thème de l’année –, aux « nouvelles forces productives » et au développement de l’intelligence artificielle, aux côtés de dirigeants de la Banque Mondiale, du FMI, de la Banque asiatique de développement, de représentants de prestigieux think-tanks et d’économistes de renom.

Jöerg Wuttke, ancien président de la Chambre de Commerce Européenne en Chine et invité régulier du CDF, reconnaît que l’ampleur qu’a pris ce forum au fil des années démontre l’intérêt que porte Pékin aux entreprises étrangères, qui représentent tout de même 7% du PIB chinois et 14% de l’emploi.

Il regrette néanmoins le format plus « intimiste » du forum qui prévalait dans les années 2000 avec un accès plus direct aux décideurs politiques. Selon lui, il est difficile de voir comment un dialogue constructif peut avoir lieu dans les conditions actuelles, d’autant que l’an dernier, Li Qiang n’avait pas rencontré ses invités étrangers comme il était de coutume lors des éditions précédentes. C’était pourtant l’une des rares occasions pour les CEOs de se retrouver en face-à-face avec un dirigeant chinois.

De façon surprenante, c’est le Président Xi Jinping qui avait pris le relais de son premier ministre l’année passée, signe de son implication grandissante. Cela devrait également être le cas lors de cette édition, puisqu’il semblerait que certains patrons seront reçus par le leader chinois le 28 mars.

Il faut dire que les enjeux du CDF sont particulièrement importants pour Pékin cette année : les investissements directs étrangers ont enregistré en 2024 leur plus forte baisse depuis la crise financière de 2008 (-27,1%) tandis que les exportateurs chinois, dont les marges sont déjà extrêmement réduites, se préparent à affronter de nouveaux tarifs douaniers sur toute exportation vers les Etats-Unis dès début avril.

Face à ce contexte géopolitique plus qu’incertain, le Premier ministre Li Qiang, s’est efforcé de rassurer son audience : « nous nous sommes préparés à d’éventuels chocs qui, bien sûr, proviendront principalement de sources externes. Le cas échéant, le gouvernement chinois introduira de nouvelles politiques pour assurer le bon fonctionnement de l’économie chinoise », a-t-il déclaré dans son discours inaugural.

Pour le reste, Li Qiang n’a pas mis grand-chose de neuf sur la table. Le patron du Conseil d’Etat a réitéré aux PDG étrangers les vieilles promesses de traitement équitable de leurs entreprises dans les appels d’offres du gouvernement. Il leur a également promis davantage d’ouverture dans certains secteurs, tels que ceux des télécommunications, de la santé et de l’éducation, et un rôle accru des « zones pilotes » à travers le pays.

Ces déclarations faisaient écho aux 24 mesures du « plan d’action pour stabiliser les investissements étrangers » dévoilé en février dernier, qui faisait lui-même référence à un plan d’action similaire publié en août 2024. Ces mesures avaient abouti à un assouplissement des règles sur le transfert des données clients de et vers l’étranger (au grand soulagement des acteurs concernés) ainsi qu’à une autorisation d’ouverture d’hôpitaux aux capitaux 100 % étrangers dans certaines villes.

C’est bien, mais c’est peu au regard de la longue liste de griefs de la communauté d’affaires étrangère en Chine, qui ressent une certaine lassitude face au caractère quasi-immuable de la situation. De fait, tant que l’impératif de sécurité nationale – légèrement mis en sourdine ces derniers mois, mais loin d’être enterré – primera sur les principes d’économie de marché, les efforts de Pékin pour « stabiliser les investissements étrangers » risquent d’être vains.

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