Le Président
Xi Jinping n’a pas manqué le rendez-vous à Sotchi (Russie) le 07/02. En assistant à la cérémonie d’ouverture des 22ème JO d’hiver, Xi a tiré d’embarras son homologue V. Poutine,boudé par les leaders de l’Ouest. En effet, depuis sa réélection en 2012, Poutine s’est mis à dos D. Cameron (en expropriant de Sibérie, un gisement géant gazier de BP en 2013), A. Merkel et F. Hollande (en brisant la marche de l’Ukraine vers l’UE et de faire voter une loi anti-gay), B. Obama (affaire Snowden, et le 06/02, la diffusion sur internet, d’un enregistrement désobligeant envers l’Union Européenne, de la vice – Secrétaire d’Etat américaine, V. Nuland).
Aussi, l’absence à Sotchi de tant de grands de ce monde permit à Xi d’occuper le terrain, et d’y célébrer l’amitié sino-russe, multipliant avec Poutine les gestes de connivence.
Que l’on ne s’y trompe pas : entre Poutine et Xi, les liens sont étroits. Depuis janvier 2013, ils se sont vus 3 fois, appelés 5 fois, écrit 16 fois – soit 2 contacts par mois. Cette volonté politique de rapprochement a produit 87 milliards de $ d’échanges bilatéraux en 2013 qui passeront le cap de 100 milliards de $ en 2015. Les deux pays fêteront cette année le 65ème anniversaire des relations.
Mais cette « amitié » a ses limites et garde des séquelles de siècles de méfiance mutuelle.On a pu le voir avec le traitement à Sotchi du Japon dont Shinzo Abe, son 1er ministre avait fait le voyage. Xi Jinping proposait à Poutine de mettre en « pool » les revendications territoriales contre Tokyo, histoire de se renforcer mutuellement (depuis 1945, la Russie a annexé l’archipel des Kouriles, dont Tokyo réclame restitution). Poutine a fait répondre que ce n’ était «pas nécessaire». Ce dernier prépare une visite à Tokyo à l’automne, alors que la Chine semble partie pour boycotter son voisin oriental pour des années peut-être. Seule concession russe aux attentes chinoises anti nippones : les pays célébreront ensemble dans les écoles le 70ème anniversaire de leurs victoires sur le Mikado « impérialiste et criminel » – c’est peu.
A Sotchi, Xi fit d’autres rencontres, telle celle de H. Karzai, son homologue d’Afghanistan. Ce voisin occidental donne du souci à la Chine : comment assurer, après le départ fin 2014 des troupes américaines (avec lesquelles Karzai est en mauvais termes ces derniers temps), la survie de ce régime fragile ? Tant pour protéger la mine de cuivre d’Aynak, seconde mondiale (réserves estimées à 88 milliard $) concédée à la Chine pour 30 ans, que pour éviter la prise de pouvoir par les Talibans intégristes, bête noire de Pékin qui redoute leur action de soutien aux séparatistes du Xinjiang ?
Un autre aspect de la visite de Xi Jinping à Sotchi apparut, d’ordre national celui-là : une forme d’auto glorification, réminiscence des années de culte de la personnalité de Mao. Dans les média, Xi apparaît comme un sportif actif dans diverses disciplines, comme le football. Il est aussi dépeint comme un lettré féru de la littérature russe, dont il déclare avoir lu tous les grands auteurs «en fin de sa jeunesse». Et visitant l’équipe nationale au village olympique (cf photo), il s’impose en chef d’équipe naturel, exhortant les 66 athlètes (dans 49 épreuves et 9 disciplines) à « exhalter leur esprit olympique» en rapportant au pays une cargaison de médailles (au 17 février, trois médailles d’or, deux d’argent, une de bronze). Cela dit, les sports de neige et de glace étant pour l’Empire du Milieu des disciplines plutôt nouvelles, Pékin n’espère pas mieux que sa 7ème place conquise aux JO de Vancouver.
Sotchi fut aussi le moment de dévoiler la candidature de
Pékin (Zhangjiakou) aux JO d’hiver de
2022. C’est pour la Chine une seconde tentative après celle de Harbin en 2010. Elle avait été défaite pour cause de pollution et de trop grand froid.
Aujourd’hui, Zhangjiakou, ville à 3h30 de la capitale, aspire à devenir un « Davos d’Extrême Orient » (une villégiature à la mode combinant sport, mode). Elle devra terrasser des adversaires de poids, parmi lesquels Oslo, Cracovie ou Almaty (Kazakhstan). Comme atouts, elle pourra compter sur un budget illimité d’infrastructures, y compris un TGV qui la mettra à 90 min. de Pékin. Mais ses handicaps sont lourds : la pollution (Pékin promet de l’avoir enrayée d’ici là, mais le scepticisme reste aujourd’hui majoritaire), et surtout le fait que les prochains Jeux, ceux de 2018, reviennent déjà à l’Asie (à Pyeongchang, Corée du Sud ), et accorder deux fois des JO à une même région du monde, n’est pas de mise au CIO. Affaire à suivre !
Sommaire N° 7