En Chine depuis 1985, Merieux s’y développe à grande vitesse, avec trois entreprises, une fondation et 500 emplois. N°1 mondial du diagnostic in vitro, le groupe s’est habitué en Chine à une croissance très forte (29% par an depuis 2001).
Mérieux assure en Chine le test de détection de toutes maladies infectieuses, le contrôle bactériologique de produits, la recherche de nouveaux vaccins et la formation du corps médical à diverses saines pratiques. Le chiffre d’affaires en Chine, en 2012, reste encore « modeste », à 100 millions d’€ sur 1,5 milliard € de chiffre mondial. Mais la Chine qui était son dixème marché national vers 2005, est passée 3ème en 2012, derrière les USA et la France. La demande est sans limite, exacerbée par le retard du pays en investissements de santé, et par son exigence solvable de rattraper son retard : la Chine ne dépense pour sa santé que 7% de son PIB, face aux 11% en France et aux 18% aux USA. Mais la Chine s’équipe à vitesse de l’éclair. Témoins, ces 2000 nouveaux hôpitaux programmés, et la « rallonge» budgétaire de 800 milliards de ¥ en 2009-2012.
Face à cette demande, Mérieux aligne trois filiales :
– BioMérieux importe ou produit localement ses tests in vitro de maladies infectieuses, cardiovasculaires et de différents types de cancer.
– Transgene, en JV avec le groupe chinois Tasly de Tianjin, recherche des vaccins contre l’hépatite B, l’hépatite C et diverses formes de cancers (estomac, œsophage, poumon, métastases osseuses).
– Mérieux Nutrisciences vérifie la sécurité des produits (animaux, plantes, huiles etc.) pour le compte de l’Etat ou de groupes tels Carrefour, Auchan ou L’Oréal.
Parmi d’autres partenariats, comptent un laboratoire de cancérologie en JV avec l’université Fudan, d’autres avec l’université Tongji ou Kehua Bioengineering (Shanghai).
À Pékin, le « Laboratoire Christophe Mérieux » fut créé en JV avec l’Académie des sciences médicales. Un autre accord avec le ministère de la Santé permit la création d’un détecteur accéléré de résistance aux traitements de la turberculose – étape cruciale pour permettre le passage à un autre type de soin.
En 2008, un programme de formation des personnels soignants fut lancé contre les affections « nosocomiales » contractées à l’hôpital. En 2013, il fut relayé par un programme contre l’usage excessif des antibiotiques - une formation de futurs formateurs choisis parmi les 500.000 membres de la China Medical Association.
Tout ce travail est facilité par les rapports personnels. Depuis sa première visite en 1978, A. Mérieux, le président « à vie » du groupe lyonnais, s’y est fait de puissants contacts, tels Chen Zhu, l’ancien ministre, Peng Liyuan, « 1ère Dame » de Chine (aussi ambassadrice de l’OMS pour la lutte contre VIH et tuberculose) – et Xi Jinping, qui le recevait en 2012 (cf photo).
La commercialisation (70% vers les hôpitaux) est assurée par un réseau d’intermédiaires distributeurs. Comme d’autres grands noms de l’industrie pharmaceutique en Chine, Mérieux a subi récemment des contrôles. L’enquête a été classée sans suites.
Parmi les projets d’avenir, A. Mérieux a été nommé dès 2004 par Paris à la tête du projet « laboratoire P4 » destiné à l’étude des pathogènes émergents, nouveaux virus potentiellement très dangereux. Signée dès 2004 par les deux gouvernements, la réalisation de ce centre de pointe aura pris 10 ans, reflétant la complexité de ce projet très stratégique.
Autre fer au feu : Mérieux commence à déplacer son offre de service vers les petits centres hospitaliers ruraux ou de banlieue. Le développement de ces hôpitaux de proximité est considéré comme une priorité par Pékin, pour se rapprocher du patient et désengorger les énormes usines à soins des métropoles. Pour Mérieux, cela implique la mise au point d’un matériel simplifié, miniaturisé et moins cher.
Mérieux voudrait aussi produire en Chine-même l’intégralité de ses gammes de produits.
Face à ce déploiement rapide, la Chine industrielle ne reste pas les bras croisés. Le groupe voit déjà circuler dans les hôpitaux reculés des clones piratés de ses flacons d’hémocultures et tests rapides.
« A ce stade, selon ce cadre de Mérieux, cela ne concerne que des produits qui ont une faible incidence sur notre chiffre d’affaires ». Pour cause : issus d’une R&D permanente (financés, pour BioMérieux, par 11% des profits), les produits Mérieux sont difficiles à copier. Mais dans diverses provinces, des concurrents locaux s’échauffent et montent en savoir-faire.
Dans chaque secteur, Pékin désigne un « champion national », sensé rejoindre le peloton mondial de la recherche et du marché. « Nous sommes bien conscients que la domination étrangère du test in vitro est vouée à disparaître ». D’où l’obsession chez Mérieux, de porter son siège de Pudong à toutes les normes européennes de travail et de sécurité : moins par « générosité » que par clairvoyance, pour donner à l’entreprise toutes ses chances à l’avenir.
Sommaire N° 6