Investissements : L’irrésistible ascension de l’investissement chinois dans le monde

Plus un jour ne se passe, sans que la Chine ne réalise un gros achat d’actifs à travers le monde. En Amérique Latine, des mines de fer, des gisements de pétrole ; en Afrique, des hydrocarbures, du fer, du bois… 

Avec plusieurs Etats, des contrats publics en milliards de dollars offrent une palette complète de transferts : agronomie, infrastructures (lignes de chemins de fer, routes, ports en eau profonde), santé publique et éducation, en échange de livraisons à long terme de pétrole ou de minerai. Pékin finance sur ses caisses et expatrie ainsi des dizaines de milliers de travailleurs. Il en tire un immense bénéfice en s’assurant des filières stratégiques sur une planète où les matières premières se raréfient. Il gagne aussi en terme d’image de « géant allié bienveillant » : ses transferts concernent des technologies simples et « low-cost », adaptées à ces pays encore en voie de développement. 

De plus en plus, cette expansion atteint l’Europe même. On vient d’assister au rachat par Fosun , pour 1 milliard d’euros, de 80% du n°1 lusitanien des assurances, pesant 30% du marché local. En Angleterre, à Londres, c’est Canary Wharf, ancien quartier industriel que Greenland, groupe chinois de génie civil, veut convertir en surface de bureaux pour 1,5 milliard d’euros. En France, on voit déjà ces châteaux du Bordelais rachetés en nombre. Surtout, Dongfeng s‘apprête d’ici février à recapitaliser PSA à concurrence de 15% du capital (et autant pour le gouvernement français), moyennant l’invest paritaire de 3 milliards d’euros. 

Dans cette nouvelle tendance, on peut remarquer que les acquéreurs chinois sont de plus en plus des sociétés privées. Ces groupes font leurs achats à travers le monde entier, Europe comprise, parce que c’est rentable, et parce qu’ils en ont les moyens. L’an dernier, les réserves chinoises en devises dépassaient les 3000 milliards d’euros, soit 400 milliards de plus qu’en 2012. 

Bien sûr, dans certains cas comme dans l’équipement téléphonique ou les produits photovoltaïques, on voit Pékin subventionner lourdement ses groupes nouvellement créés, qui conquièrent progressivement les marchés des pays créateurs de ces technologies. 

Face à cette razzia, l’UE apparait bien en difficulté pour s’entendre et les défendre. Mais (cf interview de M. Ederer) avec le partenaire chinois, elle parvient à trouver des mécanismes permettant un degré de protection, tout en évitant la guerre commerciale. 

En tout état de cause, l’Europe est aujourd’hui demandeuse de ces fonds. C’est dans cette perspective que s’ouvrent (21-23/01) les négociations pour un Traité de protection des investissements, qui vise à attirer l’argent frais chinois en Europe, tout en dégageant les obstacles en Chine aux rachats par des Européens.

Enfin, l’argent n’est pas le seul avantage : il y a aussi le management. Il est loin le temps où les firmes chinoises échouaient à gérer leurs actifs étrangers, faute de savoir leur offrir un management compatible à leur culture. Depuis son rachat à l’Etat grec par la COSCO en 2009, la moitié du port du Pirée (cf photo) marche si bien sous pavillon chinois que la Chine bâtit un nouveau terminal, pour 230 millions d’€uros, créant 400 emplois. La majorité du port appartient donc au « privé », un privé qui est une compagnie d’Etat chinoise – un comble !

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