Diplomatie : Chine – Australie : Les fiançailles du koala et du panda

La visite de Xi Jinping à Brisbane (G20), mais aussi à Sydney, Hobart et Canberra, fut un succès. T. Abbott, le 1er ministre australien, alla jusqu’à affirmer que ces jours comptaient parmi « les plus beaux de sa vie ». Plus réaliste, Xi parla d’un « approfondissement exceptionnel de la relation » et concrétisa en rehaussant la coopération au rang de « Partenariat stratégique ».

Les deux pays ont conclu 9 ans de négociations et signèrent un Traité de libre-échange (FTA). Après la Nouvelle-Zélande et la Suisse, l’Australie est le 3ème pays développé à conclure avec la Chine un tel accord –qui doit être ratifié en 2015. Sous réserve d’inventaire, le texte très ambitieux laisse deviner que la Chine, une fois de plus, fait un « prix d’appel » alléchant pour accommoder les attentes d’un voisin qu’il s’agit d’influencer, tout en exacerbant le désir lancinant de puissances comme l’Union Européenne, les Etats-Unis ou l’Inde, pour obtenir les mêmes avantages. 

Axé sur 10 chapitres, des services au commerce (sans omettre le « e-commerce ») en passant par les marchés publics, l’accord générera à terme 18 milliards de $ d’échanges, en sus des 132 milliards de $ du trafic bilatéral de 2013. D’ici 2019, 93% des produits australiens entreront hors taxe en Chine, y compris charbon, alumine, lait, vin, fleurs ou fruits de mer. Selon la volonté du partenaire austral, le grand gagnant ici est le secteur agro-alimentaire : Canberra a besoin d’un relais pour son secteur minier déclinant. Deux décennies intenses d’équipements chinois s’achèvent, avec imports massifs de minerais et d’énergie qui étaient les deux mamelles de l’Australie. Et même si l’export agricole de l’Australie (encore minime, face à celui des produits miniers) demeure bridé par la capacité du pays à produire (sa dépendance envers un climat en voie de sécheresse), l’accès privilégié au marché chinois sera un grand atout sur les viticulteurs ou laitiers australiens. Idem côté services, Pékin affirme offrir aux assureurs et banquiers « aussies » les meilleures conditions jamais consenties à des étrangers. 

La prodigalité chinoise a quand même ses limites : ni sucre, ni riz, ni blé, ni coton ne figureront dans l’accord, avant une « révision » en 2017 –sans garantie. Et les taxes récemment instaurées sur le charbon pour protéger la mine chinoise, ne seront démantelées que dans deux à quatre ans. 

En échange, la partie australienne va quadrupler, à 1,07 milliard d’A$, le plafond des acquisitions que les opérateurs chinois pourront faire sans rien demander à l’autorité de tutelle. Ce qui permettra à l’économie chinoise, encore en grande partie sous contrôle public, de compléter en toute quiétude ses achats de mines, fermes ou industries locales. Dès décembre, 35 membres du « China Entrepreneur Club », la très exclusive association de milliardaires, revendiquant ensemble 2000 milliards de ¥ de patrimoine, se rendront en Australie pour une razzia d’emplettes. Parmi eux seront Niu Gensheng, patron des laiteries Mengniu, ou Zhu Xinli de Huiyuan, dirigeant du plus grand groupe chinois de jus de fruits. 

Un autre volet de l’accord concerne l’éducation. « Public schools » et universités habilitées à recevoir des Chinois, passent de 105 à 182. Cela fait de l’Australie la 1ère destination mondiale éducative, au chiffre d’affaires annuel de 13 milliards de $. Elle reçoit 142.500 écoliers chinois (sur les 900.000 écoliers chinois à travers le monde), et 90.000 étudiants universitaires. C’est une nouvelle « mine d’or » : la cohorte des étudiants ne fait que croître, à +8% en 2013…

Autre coopération plus insolite, mais importante pour l’avenir. Sur l’Antarctique, dont l’Australie est un des pays les plus proches depuis son île de Tasmanie, Hobart est un port d’approvisionnement pour toutes les bases permanentes au pôle Sud. Détail symptomatique, Xi Jinping a fait de longues heures d’avion pour le plaisir de fouler le pont du Xuelong  (« Dragon de neige »), le navire scientifique chinois en « escale technique » très politique, avant de faire vapeur pour sa 31ème mission sud-polaire.
La Chine qui compte déjà 4 bases en Antarctique, ouvrira la 5ème l’an prochain. Avec Canberra, Xi a signé un accord de coopération comportant échange de données et de services, et la constitution d’un Comité scientifique et technique à rendez-vous biennal. L’objectif chinois est clair : devenir d’ici 2030 une « puissance polaire ». Pour autant, Pékin a signé et soutient le traité de l’Antarctique qui défend le subcontinent polaire comme bien commun de l’humanité et en interdit l’exploitation du sous-sol… 

Entre ces pays donc, les relations sont au beau fixe. Mais les zones d’ombres demeurent, inévitables entre une Australie pilier du système atlantiste et une Chine en percée volontariste sur la mer de Chine, et apparemment peu éveillée aux inquiétudes de ses voisins. Aussi n’est-ce pas tout à fait par hasard si, au milieu de cette symphonie de bons sentiments, Canberra signe un accord de défense avec l’Inde, destiné essentiellement à prévenir des ambitions maritimes chinoises risquant de compromettre la paix de la région.
Tout ceci, chez ces partenaires, ne doit pas être taxé d’hypocrisie, mais plutôt de jeux parallèles, sur des parties et des plateaux d’échecs séparés!

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