Petit Peuple : Lukou – Shenzhen : Quand deux soeurs échangent leurs maris…

En Chine comme ailleurs, la réalité dépasse souvent la fiction. Dans le film hongkongais « In the mood for love », Wong Kar-wai chante la romance d’un homme et d’une femme mariés à des conjoints résidents à Tokyo, qui finissent par succomber l’un à l’autre quand ils découvrent que ces derniers les trompent. Un scénario bien improbable! 

<p>Seulement voilà, la même histoire vient de se dérouler en Chine, entre Hunan et Shenzhen. Strictement authentique, elle se distingue du film par une variante : les deux épouses sont sœurs…

Acte I : Attiré en 1999 par les lumières de la ville, Wang Yang, simple paysan, quitte son Hunan natal pour la métropole de Shenzhen

Comme tous les migrants de Chine, Wang s’est installé dans le quartier où la langue hunanaise règne en maître, tout comme ses lois coutumières. Ils se retrouvent le soir entre eux pour manger le travers de porc rissolé à la badiane et autres délices du paradis perdu. Un soir de 2000, un copain lui présente Liu Xiang, une jeunette de 20 ans, de passage pour un emploi saisonnier de 2-3 jours, avant de reprendre son bus pour Lukou, son village près de Changsha. 

Au voyage suivant, elle le revoit et il l’attend. Alors s’engage le temps du flirt, bientôt suivi de celui des soupirs et des interminables coups de téléphone. Le mariage eut lieu en 2002. 

Ils continuèrent cependant à vivre séparément : Liu Xiang qui bredouille le mandarin, faute d’avoir reçu une bonne éducation, supportait mal la ville, lui préférant de loin la vie simple et saine de sa campagne. 

Une autre raison est sa sœur aînée Liu Li, qu’elle adorait. Liu Li avait épousé Feng Sheng en 2001, et comme celui-ci a emménagé depuis dans leur maison familiale, la vie à Lukou ne manquait ni de charme, ni d’animation et de bonne humeur partagée. 

Acte II : La cohabitation s’avère assez éphémère. A son tour, Liu Li reçoit une offre d’emploi à Shenzhen : la voilà partie, laissant son homme Feng Sheng et sa sœur Liu Xiang à la maison. 

Quand un an après à Shenzhen, Liu Li accouche d’un beau nourrisson potelé, elle le ramène à Lukou – son mari, sa sœur et sa mère vont s’occuper de lui. En fait, pour Liu Xiang, ca ne changera pas grand-chose, puisqu’elle doit déjà s’occuper de son propre bébé, alors un de plus ou un de moins…Nous avons donc, qu’on le note bien, deux couples séparés, l’un à Lukou, l’autre à Shenzhen. Or, comme dit Proust, l’amour, c’est « l’espace et le temps rendus sensibles au cœur ». C’est donc à ce moment là que l’affaire se complique… 

Acte III : Au bout de nombreuses nuits solitaires sans leurs partenaires, l’appel de la nature se fit pressant pour Feng Sheng et pour Liu Xiang, le beau-frère et la belle-sœur qui ressentaient toujours plus urgente l’attraction d’un « long temps sous le même toit » (ri jiu sheng qing 日久生情) : ils craquèrent en 2004. Simples et honnêtes, mais un peu imprudents et ne se rendant pas compte des conséquences, ils avouèrent spontanément leur faute à leurs moitiés. Dès lors, la suite arrive, comme une mécanique inéluctable, ou un ballet au script invariable. 

Acte IV : De leur côté, à Shenzhen, Liu Li et Wang Yang avaient vécu leur quotidien en honnête séparation, se fréquentant de loin, habitant à des kilomètres l’un de l’autre, dans des districts différents de la ville. 

Mais le coup de poignard porté dans leur dos par leurs conjoints changea toute la donne. Compagnons de misère, ils se trouvèrent, se confièrent, se consolèrent dans les bras l’un de l’autre et recréèrent ensemble un nouveau foyer. En août 2006, Liu Li demanda alors le divorce (qui en Chine, est une formalité) et Feng Sheng, l’ex-mari volage, obtint la garde de leur fils au village. 

Acte V : A Lukou, désormais discrète amante de Feng Sheng, honteuse car toujours mariée à Wang Yang, la cadette Liu Xiang ne se résolvait toujours pas à divorcer, craignant le scandale dans le village et de perdre sa réputation. 

Mais quand le 15 septembre 2007, elle accoucha d’un second fils qui cette fois, était indiscutablement de son « beau-frère » Feng Sheng, il lui fallut assumer. Sa vieille mère, qui n’était pas dupe du manège, y veilla et l’y contraignit à force d’amères admonestations – il y allait de l’honneur du clan !

Aussi, ce n’est que plus tard après la naissance, morte de honte, qu’elle accepta le divorce que Wang Yang réclamait depuis trois ans. Mais à l’heure de l’enregistrement de Feng Tao, le fils du péché, Liu Xiang n’osa pas se montrer au bureau d’état civil, et envoya sa vieille maman déclarer son fils. Tous retenaient leur souffle.

Comment faire face à cet imbroglio ? Vous le saurez en lisant la suite, au prochain numéro du Vent de la Chine !

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