Politique : Royaume-Uni – la fin d’une brouille, au prix fort

Royaume-Uni –  la fin d’une brouille, au prix fort

Aa HinkleyEn mai 2012, D. Cameron, le 1er ministre britannique, fâchait Pékin en rencontrant le Dalai Lama. 18 mois plus tard, il enterre la brouille en envoyant à Pékin (14/10) G. Osborne, son Chancelier de l’Echiquier, et B. Johnson, le flamboyant maire de Londres, encore auréolé de la réussite de ses JO 2012. 

La fâcherie a-t-elle tant pesé sur les échanges ? Pas sûr, tant la position du Royaume-Uni est attractive pour Pékin, à la fois dans l’Europe et en dehors, avec son 1er rôle financier mondial et son ouverture proverbiale aux capitaux. Ainsi, entre public et privé, depuis 2005, la Chine a investi 17 milliards $ outre-Manche – le quadruple des acquisitions en Allemagne ou en France. Et les nouveaux projets ont de quoi frapper.

EDF négocie depuis des années deux réacteurs EPR de 1500MW à Hinkley (Somer-set) pour un coût estimé à 22MM$, entièrement à charge des bâtisseurs qui l’exploiteront en BOT (Build, Operate, Transfer). La Chine est sur ce projet avec la CGNPC, qui paiera 49%. Ce projet lui servira, espère-t-elle, de cheval de Troie pour se faire reconnaitre, vendre et d’installer une autre centrale au Royaume-Uni à l’avenir… 

BCE (Beijing Construction Engineering Corp) s’associe de son côté avec un consortium de Manchester (fonds de pension, aéroport) sur un projet de centre d’affaires dans cette seconde ville du Royaume-Uni : 61ha, d’une valeur de 1,3milliard$ après la création de 16.000 jobs, bienvenus dans cette vieille région industrielle. 

Enfin, Huawei installe à Luton un centre de R&D à 200 millions$ et 200 chercheurs, qui mettront au point ses produits pour la clientèle du vieux continent. 

Le gouvernement conservateur veut aussi charmer touristes et hommes d’affaires chinois, en leur accélérant les formalités de visas pour garantir l’obtention, idéalement, en 24h. En 2012, avec 289.000 entrées, la progression avait frisé le tiers. 

La prochaine offrande britannique de réconciliation apparaît beaucoup plus contestée par la finance – qui semble proche de perdre son flegme immémorial. Le problème de Londres, alors que Paris et Francfort cherchent à obtenir leur part, est de préserver son acquis sur le marché du RMB comme devise.  

Grâce à des partenaires comme HSBC ou Stanchart, vieilles maisons anglo-Hongkongaises, ayant reçu des privilèges de Chine, la City traite 62% des paiements en RMB hors Chine, pour 5,3 milliards $ quotidiens (en avril dernier). Des flux qui seront appelés à monter prodigieusement dans les décennies suivantes. 

Or Londres s’apprête à proposer aux 4 « sœurs » bancaires chinoises (Banque de Chine, ICBC, China Construction Bank, Banque de l’Agriculture) un statut de branches, qui leur permettrait de dépendre de leurs maisons-mères à Pékin (de pouvoir déplacer sans contrôle vers l’Angleterre de très gros montants), contrairement aux autres banques, y compris locales, traitées en « filiales » et soumises aux contrôles étroits de la PRA (Prudential Regulation Authority - tutelle financière)… Aussi les banques d’outre-Manche dénoncent une « orgie extravagante » de privilèges indus, et une atteinte à l’indépendance de la Banque d’Angleterre. 

En échange, les investisseurs britanniques pourraient placer jusqu’à 13 milliards$ sur le marché très fermé du capital chinois. Mais au final, disent les observateurs, Londres paie au prix fort son retour en grâce au Céleste Empire – un peu comme Nicolas Sarkozy avait dû le faire en France, après avoir rencontré le Dalai Lama en 2008. Mêmes causes, mêmes effets ! 

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