Environnement : Le grand nettoyage

En janvier, atteignant à Pékin un record de 994µ par m3, la catastrophique vague de pollution de l’air déclenchait l’alarme. Au pied du mur, la Chine découvrait qu’elle devait changer de gestion de son environnement. Les décès prématurés sont désormais estimés à 1,2 million par an, et le tourisme reculait de 15% en juin 2013. Cette fois, le pouvoir ne pouvait plus tergiverser. 

Au ministère de l’Environnement (25/08), un plan quinquennal de « guerre totale aux microparticules (2,5µ) » est lancé, le second en deux ans, doté de 277 milliards de $, concentré sur l’œil du typhon de pollution—le nœud Pékin, Tianjin, Hebei. D’ici 2017, 25% de baisse d’émissions doivent être atteints, et à Pékin, 60 microgrammes par m3 – le maximum faisable. Cinq semaines après (03/09), la mairie de Pékin annonce les moyens qui seront engagés—une liste impressionnante, voire effrayante. 

Côté automobile (33% des émissions), les mesures sont féroces. D’ici 2017, le parc de 5,35 millions de voitures fin juil., sera plafonné à 6 millions. Petites cylindrées et e-véhicules seront favorisés et 1 million de taxis iront à la casse. Longtemps mal raffiné, le carburant sera porté aux normes de l’UE. « L’intensité d’usage, dit Li Kunsheng, patron municipal de l’environnement, doit être réduite par un mécanisme de marché » : pour rouler en ville en telle zone, à telle heure, il y aura péage, à commencer par les véhicules extérieurs qui, dès 2014, seront bloqués au 6ème périphérique. 

Bus et métro, d’ici 2017, devront supporter 52% du trafic (8% de plus qu’en 2012) et les 2/3 des bus et taxis seront « propres ». 
Filtres et convertisseurs naturels du gaz carbonique, les étangs et canaux augmenteront de 1000 ha, les espaces verts ou boisés atteindront 60% du territoire du Grand Pékin. 

Côté charbon aussi, les choses vont avancer. Engagée dès 2003, la chasse aux chaudières à houille avait éradiqué 7 millions de tonnes par. Dès 2014, quatre centrales à gaz entreront en action à Pékin, permettant de remplacer 9,2 millions de tonnes de charbon par 24 milliards de m3 de gaz (soit brûlé dans les foyers, soit converti en électricité). Districts et grosses usines recevront des quotas d’émission de CO2 et de soufre. D’ici fin 2015, tout charbon aura disparu à l’ intérieur du second périphérique, et en 2016, en banlieue, 4 millions de tonnes de mauvais charbon (cause de 70% des émissions de dioxyde de soufre) seront remplacés par un charbon de haute qualité.

Les industries et commerces aussi, vont durement sacrifier à l’autel de l’air propre pékinois. Pour les 1 200 usines visées (ciment, chimie…) à en croire Xinhua, une « responsabilité collective » est établie (principe radicalement nouveau) : « pour les régions ou secteurs qui ratent leurs objectifs annuels de réduction d’émissions, à compter de 2013, aucune licence ne sera accordée à de nouvelles implantations causant des émissions majeures», et dès 2016, en cas d’incapacité à se mettre aux normes, ce sera la fermeture. 

Enfin ceux qui d’une manière ou d’une autre enfreignent la loi « verte », se verront sine die privés de financement : ni banque, ni bourse, ni grâce de TVA. Ce qui, dans ce métier, signifie la mort par asphyxie à court terme. 

Toutes ces mesures qui semblent drastiques, doivent être prises avec des pincettes—l’Etat, sur ces sujets, a trop souvent fait des annonces non suivies d’effet. Mais l’ensemble donne l’impression d’urgence et de volonté de changer. Toutes ces mesures sont douloureuses par leur prix et par les contraintes aux usagers. C’est le coût pour sortir de 30 ans de fuite en avant dans un rêve illusoire de vie « à l’américaine ». Enfin avec cette nouvelle stratégie, Pékin et sa région deviennent laboratoire. Le reste du pays ne tardera pas à suivre. 

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