Le Vent de la Chine Numéro 27-28

Une plaie qui frappa la Chine cet été : la canicule, avec un record de 78°C à Turpan (Xinjiang – température au sol) en août, tandis que des trombes d’eau sur le Dongbei fin août forçaient la population à fuir leurs logis – au 28/08, on comptait 90 morts. Succédant à d’autres calamités (le gel de janvier, les pluies de mai sur le Henan), il en découle un recul de la récolte de blé d’été, le premier en 10 ans : 16% perdus, 20 millions de tonnes. Dès lors, pour compenser, la Chine achète à l’étranger : les traders estiment à 10 millions de tonnes ses importations en 2013, contre 3 millions de tonnes en 2012. La Chine détrône, comme 1er importateur, l’Egypte qui risque de ne plus pouvoir se nourrir : au bord du gouffre, elle n’a plus que 45 jours de réserves.
Diverses prédictions que nous avancions avant l’été, se sont vérifiées :
– Tel le procès de Bo Xilai qui vient de se tenir (23-26/08). Comme prévu, la Cour a volontairement gommé tout volet politique. Pour autant, des surprises fusèrent, tant sur les révélations que le régime était disposé à tolérer sur l’affaire (sur la « corruption » et la « débauche » des élites) que sur la vive défense opposée par le tribun au banc des accusés (cf page 2).
– Comme prévu, la hache de guerre a temporairement été enterrée avec l’Union Européenne, sur les panneaux solaires. Dans ce ciel rasséréné, Allemagne et France peuvent boucler de fructueuses affaires.
La dérégulation des taux d’intérêt a été poursuivie par la Banque centrale, comme succédané à la planche à billets.
Celle du taux de prêt fut levée le 18/07. Celle du taux de dépôt demeure, à 110% du taux pivot, mais les banques annoncent l’émission de dizaines de milliards de ¥ de certificats de dépôts à 3 à 6 mois, échangeables sur le marché interbancaire. C’est une étape vers la libéralisation, garantissant la présence de liquidités, et la relaxation des contrôles sur la rémunération de l’épargne.
Ce train de mesures fait partie du programme du 1er ministre Li Keqiang, en mê-me temps que la levée des barrières d’entrée aux marchés et celle des monopoles, et la réforme des institutions qui vise à déléguer d’importantes prérogatives aux niveaux intermédiaires.
Par contre, suite au conclave balnéaire à Beidaihe début août , Li et Xi Jinping le n°1, semblent avoir du mal pour leur plan géant d’urbanisation (pour 300 millions de migrants sur 20 ans, l’octroi des mêmes droits qu’aux citadins de souche, coût estimé par l’UNDP à 6800 milliards $). Ils ont affronté une coalition de provinces endettées, de milliardaires craignant pour leurs fortunes, et de banques fragilisées par leurs mauvais prêts (telle la CITIC, sur le delta du Yangtzé : + 90% depuis janvier). Face à la fronde, l’Etat fait le dos rond : ce frein à la croissance, c’est lui qui l’a voulu, en bloquant le crédit. Et il le contrôle, en maintenant d’avril à juin une croissance à 7,5%.
Que penser de l’annonce (26/08) du 3ème Plenum du Comité Central, en novembre, par le Bureau Politique réuni dans l’heure suivant la fin du procès de Bo Xilai ?Xi poursuit son programme improbable mais pragmatique d’alliance des ailes conservatrice et libérale (le fameux « Rêve de Chine ») – sans doute pour rassembler les voix favorables à son programme de réformes au Plenum. Il donne des gages à la gauche, notamment par son dernier « document n°9 », pamphlet contre la démocratie mondiale.

En mai 2013, Le Vent de la Chine, dans le cadre de l’étude « Xi Jinping, la nouvelle ère« , dressait le portrait d’un homme d’influence, Jiang Jiemin. Ancien patron de la CNPC et protégé de Zhou Yongkang (également mis sous enquête il y a quelques jours), il fut nommé à la tête de la SASAC en mars 2013 (State-owned Assests Supervision & Administration Commission) même si, à l’époque, Jiang faisait déjà l’objet de rumeurs de corruption…
Le Vent de la Chine vous propose de lire dès à présent son portrait, avant d’en savoir plus au prochain numéro !
Pour lire les 47 autres portraits de l’étude « Xi Jinping, la nouvelle ère« , commandez-la dès à présent !
JIANG JIEMIN (蒋洁敏)
STATE-OWNED ASSETS SUPERVISION & ADMINISTRATION COMMISSION CHAIRMAN
THE RESISTIBLE RISE OF THE ENERGY FACTION
Born in Shandong province in 1955, Jiang Jiemin is a key figure in China’s oil and gas industry with almost 30 years’ experience. Just months before being named to head the SASAC, he was elevated to become a full member of the 18th Central Committee.
Until March of 2013 head of the CNPC and its listed subsidiary PetroChina, Jiang has been made chairman of the State-Owned Assets Supervision and Administration Commission (SASAC). The commission manages the ten dozen biggest state-owned enterprises, and has seen profits from these firms, many of which enjoy a monopoly, skyrocket in recent years. These consortia and the SASAC are a closed, politically connected club, arguably the most powerful economic lobby, and they select informally from among their peers those who are to run and protect their institutions, those most apt at defending their own interests parallel to those of the nation, or even of the party. They exemplify what China analyst Willy Lam calls “the rise of the energy faction in Chinese politics.”
Jiang’s move was orchestrated by the party’s powerful Central Organization Department, which controls appointments to the top 4000 nomenklatura positions, including the heads of state-owned conglomerates. His elevation was supported by patron Zhou Yongkang, a veteran of CNPC who later became public security minister. Close to Jiang Zemin, Zhou belongs to the Shanghai Faction, and retains power despite stepping down from the Politburo Standing Committee last autumn. From Jiang Jiemin’s promotion, it may be inferred that Zhou, while compromised in the unresolved Bo Xilai imbroglio, still had enough clout to nominate a protégé to head the SASAC, one of his spheres of influence.
As the head of SASAC, Jiang will face calls to reform China’s leading state-owned firms, especially the oil titans, and halt a string of ecological disasters that have emerged over the last years. Under his leadership, the CNPC was responsible for an explosion at its Dalian refinery (Liaoning) in July 2010, which led to a spill in coastal waters and killed a fire-fighter. Other accidents followed within the network of the CNPC plants, arguably the result of over-rapid expansion and failure to invest in accident prevention. Before this string of catastrophes, in an address to fellow leaders of oil companies, Jiang stated: “Environmental protection is our national policy, and is, above all, the corporate responsibility.” According to the press, Jiang Jiemin got away with a “stern warning”, and « demerit » marks” for the Dalian oil spill. Despite these minimal sanctions, and some unconfirmed rumours of corruption (March 2013), Jiang Jiemin continues to rise…
En même temps, d’autres enquêtes frappent 4 leaders de la CNPC, où Zhou passa quelques années : Ran Xinquan, Wang Daofu, Li Hualin et Wang Yongchun, ses ex-lieute-nants. C’est la fin annoncée du « gang pétrolier », lobby par qui il fallait passer pour avoir de l’or noir en Chine. Autres personnages sous enquête : Guo Yongxiang, l’ex-vice gouverneur du Sichuan (et secrétaire de Zhou), Li Chuncheng, l’ex-vice secrétaire provincial et un autre vassal. Et pas par hasard, on le sait déjà, c’est sur son époque sichuanaise que doit se concentrer l’enquête sur Zhou !