Diplomatie : Gonflé par la Chine, le Cambodge, nouveau dragon d’Asie

En décembre 2012, Pékin offrait 50 millions $ et les frais de funérailles de N. Sihanouk à son voisin, le Cambodge, au moment où ce dernier bloquait le débat, au sommet de l’ASEAN de Phnom Penh, sur un « code de conduite » en mer de Chine. Sous prétexte de refuser d’« internationaliser » ce litige, il satisfaisait la Chine, qui prétend régler l’affaire bilatéralement. 

A l’époque, on s’étonnait du prix de la défection cambodgienne, vu l’importance du service rendu : c’était la solidarité de l’ASEAN qui volait en éclat, pour les besoins du géant chinois. Lequel, par le passé s’était montré plus généreux envers Phnom Penh, lui offrant 1,2 milliard de $ en 2010 de la main de Xi Jinping (juste après la remise par le Cambodge de 20 dissidents Ouighours réfugiés sur son sol), assortis de 50.000 uniformes et 257 camions militaires (remis par Hu Jintao). 

Or, le soutien de Pékin va en fait bien plus loin. Pour le Royaume dirigé par Hun Sen, on peut parler de métamorphose et de lancement par la Chine dans l’ère industrielle, ce que ni l’ASEAN, ni l’ex-puissance coloniale n’avaient su faire. 

Côté militaire, l’aide se poursuit avec la livraison de 12 hélicoptères Z9 made in Harbin, engins utilitaires clones du Dauphin d’Eurocopter, conçus pour 14 passagers. Livrés d’avril à août, ils sont financés par un « prêt » de 195,5 millions de $ octroyé en 2011. La Chine offre aussi de la formation. De la sorte, militairement, Phnom Penh peut tenir tête à Hanoi et Bangkok, ses puissants voisins.

Côté industriel, les projets sont grandioses. La compagnie Cambodia Iron&Steel commande (31/12) à China Railway Group une aciérie intégrée de 14 km² à 1,6 milliards de $ en province de Preah Vihear. Une ligne de chemin de fer portera l’acier du Nord au Sud-Ouest du pays jusqu’au terminal sur l’île de Koh Smash (province de Koh Kong). Ses 11 gares permettront de développer les 4 provinces traversées (404 km) et transporter bien d’autres frets et passagers. Ligne et port coûteront 9,6 milliards $. Les chantiers débuteront entre janvier et juillet 2013, et s’achèveront en 2017. 

Trois jours avant (28/12), Sinomach, groupe d’Etat de Shanghai, signe avec la Cambodian Petrochemical un contrat qui ouvrira en 2016 une raffinerie de pétrole d’une capacité de 5 millions de tonnes de brut, à 2,3 milliards de $ (100.000 barils par jour). Une ligne ferroviaire transversale, un terminal, une aciérie, une raffinerie : tous les outils nécessaires et suffisants pour lancer une industrie nationale. Ce projet part de zéro : aucun de ces outils n’a d’embryon sur lesquels s’appuyer. Mais par ses projets de développement intégré à travers le monde, en Afrique notamment, la Chine a appris aux observateurs à prendre au sérieux ce genre d’annonce hors du commun. 

Tout cet effort chinois est sous-tendu par deux intérêts. Selon sa stratégie, la Chine paie pour s’assurer une fidélité dans l’ASEAN, influencer cette dernière et l’intégrer à son propre marché, tout en faisant oublier le contentieux sur la mer de Chine et en prévenant toute action collective antagoniste. D’autre part économiquement, des dizaines de milliards d’€uros d’actifs chinois (notamment textiles) se délocalisent vers l’Asie, dont le Cambodge récupère sa part, avec un salaire moyen à 130 $ contre 400 $ en Chine. Aussi la banque mondiale lui prédit un PIB en hausse de 7% par an d’ici 2017. Pour ce petit pays qui a tant souffert, c’est peut-être enfin la sortie du tunnel !

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