Environnement : Pollution fluviale et mémoire d’éléphant

L’histoire bégaie. L’hiver 2005, au Heilongjiang, l’avarie d’une raffinerie de la CNPC déversait des tonnes de benzène cancérigène dans la rivière Songhua. Les autorités locales tardaient quelques jours à admettre la catastrophe écologique, qui privait des millions de citadins d’ eau courante, provoquant des achats de panique d’eau—avant d’atteindre la Russie, elle aussi prise de court. 

Et voilà que le 31/12/2012 à Changzhi (Shanxi), suite à la rupture d’une canalisation due au gel, l’usine carbochimique de Tianji perd 39 tonnes d’aniline, dérivé de benzène, dont 9 passent dans la rivière Zhuozhang. Or, la mairie attendra 5 longs jours avant de lancer l’alerte : elle croit, de prime abord, n’avoir perdu qu’1,5 tonne (un cadre lui a menti, sur les dimensions de la pollution). Par la suite, elle s’en justifiera d’une manière assez légère, invoquant les règlements qui l’autorisent à garder le silence « tant que la crête de pollution n’a pas dépassé son territoire ». 

De ce fait, elle empêche administrations et populations en aval de se préparer et laisse le taux en effluents toxiques atteindre jusqu’à 720 fois le plafond autorisé, au passage du Shanxi au Hebei. Jusqu’à ce que flottent le 4/01 des millions de poissons morts…Dès le 5/01 au soir, Handan (Hebei) et Anyang (Henan) coupent l’eau potable à 3 millions d’usagers. 

Entretemps, des mesures ont été prises : des agents nationaux de l’environnement, sur place, permettront de rétablir le réseau sous 24h, des stocks d’eau potable ont été rassemblés pour limiter les achats de panique. Le patron de l’usine, le n°2, et deux autres cadres, ont été licenciés. 

Ce qui n’empêche Ma Jun, directeur d’un Institut des affaires publiques et d’environnement à Pékin, de qualifier l’incident de « sérieux » de par son volume et sa toxicité. L’aniline est aussi cancérigène, de surcroit inodore et incolore (indétectable au robinet). Zhang Bao alors, le maire de Changzhi, présente une autocritique tardive, s’accusant de « compréhension et vigilance insuffisantes sur les problèmes de pollution environnementale ». 

La malchance veut que dans la même province, un autre accident se soit produit 6 jours plus tôt. Le 25/12 à Linfen, un dynamitage dans un tunnel en cours d’excavation a causé 8 morts : les cadres ont différé de 8 jours l’annonce. Suite à quoi la population s’est indignée sur internet, et Li Xiaopeng, le vice-gouverneur, a promis de punir avec fermeté toute tentative future d’étouffer de telles catastrophes. Mais il n’a pu en éviter une, et le même comportement, dans la foulée. 

Fâcheuse coïncidence : d’ici quelques jours, Li Xiaopeng doit être formellement confirmé Gouverneur par le Parlement local. Il n’en faut pas plus à de nombreux internautes, via Weibo, pour parler d’agissements « criminels » et de réclamer une enquête. 

Ces attaques ont un substrat émotionnel. Li Xiaopeng n’est pas des plus populaires dans le pays. Il est « petit prince », fils de Li Peng, qui dirigeait de main de fer, 24 ans en arrière, la répression du Printemps de Pékin place Tian An Men. Un fardeau lourd à porter, car sur de telles choses, la rue chinoise a une mémoire d’éléphant. 

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