Qui décida de « caviarder » les vœux du
Nanfang Zhoumou – le niveau local ou le central ? En tout cas, l’article réécrit par Tuo Zhen, le chef local de la propagande, fit sortir de leurs gonds les travailleurs de l’hebdomadaire, et bientôt, ceux des media du pays, et de millions de citoyens. La rédaction se mit en grève, osant réclamer le démantèlement de la censure : une revendication plus vue depuis mai 1989, quand le World Economic Herald (fermé depuis) avait rejeté le contrôle du Parti, accusant le pouvoir du décès de Hu Yaobang, qui avait provoqué l’insurrection du Printemps de Pékin.Mais pour les « faucons », cette censure, garante de la survie du Parti, est non-négociable. Liu Yunshan (Comité Permanent) et Liu Qibao (Bureau Politique), leaders de la propagande, réagirent le 7/01 à 01h du matin en réaffirmant la primauté du Parti sur la presse, innocentant Tuo Zhen, évoquant l’action de « forces ennemies d’outre-mer », et ordonnaient à tous les média de reproduire un éditorial du Global Times.
Une telle fermeté fut contreproductive. Face à cet oukase, la presse garda en tête les réformes de Xi Jinping et Meng Jianzhu vers l’Etat de droit, et put décrypter ce qu’impliquait la juxtaposition de signaux contradictoires : un conflit interne. Aussi la plupart des médias ignorèrent l’ordre.
Le Xingjingbao (« Beijing News») à Pékin, n’eut pas cette latitude, ayant été convoqué par les chefs de la propagande. Il publia donc l’édito forcé mais seulement en page 20. Les journalistes eux, refusèrent de le signer, pour montrer que cette page n’était pas de leur fait, et le rédacteur en chef présenta une démission qui lui fut refusée.
À Canton, la grève au Nanfang se durcit, soutenue de centaines de manifestants et de centaines de milliers d’internautes. Le 08/01, Hu Chunhua, le jeune Secrétaire provincial, vint au journal négocier, avec succès : la grève fut levée. Toutefois, les concessions du pouvoir semblent incroyablement lourdes : les journalistes ne seraient pas punis, Tuo Zhen, le censeur, et Huang Can, le rédacteur en chef, trop lié au Parti, quitteront leurs postes sous quelques semaines. Tout contrôle direct des articles disparaîtra –seuls resteront les outils indirects, comme la liste horaire des sujets tabous, et les sanctions en cas de viol.
Dès le 9/01, le journal refonctionnait. Mais l’accalmie apparaissait fragile. Le 10/01, il publia un appel modéré en faveur d’une « remise à jour » de la censure, et d’une protection des média « raisonnable et constructive ». On en est là. Entre presse et propagande, la population s’exprime donc avec une audace nouvelle. Telle cette internaute : « ce dont la Chine a le plus besoin, n’est pas d’un porte-avion, mais d’un journal qui dise la vérité » !
Sommaire N° 2