Après avoir rencontré son homologue Xi Jinping (25/04), un François Hollande parfaitement à l’aise et plaisantant parfois, devant la communauté française pékinoise relata le but de sa visite—il était venu demander le « rééquilibrage par le haut » du déficit commercial « inacceptable » de 26 milliards d’€.
Bilan : quelques pistes ouvertes, mais peu de contrats fermes.
60 Airbus sont commandés, dont 42 A320, la plupart made in Tianjin.
Dans le nucléaire, Areva et EDF engrangent des lettres d’intention avec CGNPC (Canton) pour une centrale EPR de 1500 MW (en sus des deux en construction) à Taishan, avec CNNC (Pékin) pour la mise au point d’un réacteur francco-chinois, et pour un centre de retraitement des déchets, d’ici 2020 –peut-être.
Suez Environnement signe avec Beijing Enterprises une JV pour obtenir les contrats de gestion des déchets des villes du pays. Selon la même technique de « chasse en meute », Keolis signe avec Shentong Metro Group une JV de gestion des transports en commun à travers la Chine et Asie. Colisée Patrimoine va élargir avec le groupe CITIC son réseau de maisons de retraite médicalisées – immense marché de 200 millions de sexagénaires…
Le lobbying pour ouvrir la Chine à la charcuterie française n’aboutit qu’à la promesse d’une mission chinoise en France, d’évaluation de la traçabilité des produits. La France paie pour le scandale européen du haché de cheval glissé dans celui du bœuf. Mais au moins, le dossier est ouvert !
Surtout, F. Hollande exprime ses espoirs d’une relation approfondie avec Xi Jinping, et de grands projets. Xi est là pour dix ans et Hollande pour quatre. Assez pour travailler à long terme. L’un et l’autre partagent la vieille vision gaullienne d’un monde multipolaire et sont convenus de se rencontrer chaque année – en 2014 à Paris. Hollande rattrape ainsi la chancelière Merkel, qui tient depuis des années de tels sommets germano-chinois.
Xi et Hollande veulent renforcer les masses des étudiants en échange, la facilitation des visas, l’usage international du yuan, l’accès en Chine du cinéma français, et les investissements chinois en France, « pour peu qu’ils créent des emplois» dans l’Hexagone.
Quid des droits de l’Homme ? Hollande a abordé le sujet (Tibet, Liu Xiaobo) « dans le respect et la franchise » – pas comme priorité. Divers lobbies dénoncent ici un abandon. Mais à ce qui semble, on touche ici un très ancien paradigme hexagonal : faut-il stigmatiser la Chine (une action peu utile) ou bien s’allier à elle pour s’approprier une part de son dynamisme ? Veut-on punir la Chine, pour marquer son indignation face aux manquements aux droits de l’Homme (au demeurant réels), ou bien parce que ce pays, par sa « huoli » (活力,énergie vitale) commence à dépasser l’Europe et venir racheter ses trésors ?
Ce qui a le plus frappé Hollande en ce voyage éclair de 37h, est « la volonté chinoise de travailler avec la France », y compris en des régions telle l’Afrique, pour la former, avec l’aide de l’ONU, à se défendre seule contre des AQMI et autres Boko Haram. Que Hollande tente de canaliser ce désir chinois au bénéfice de l’emploi de la France, est de bonne guerre, et une chance d’avenir. Mais pour convaincre la France sceptique, que de vieux préjugés à dépasser !
Crédits photo Meng Meng
Sommaire N° 16