Cinq semaines après son intronisation,
Xi Jinping accélère l’effort pour arracher la Chine à sa routine. Mais des imprévus s’accumulent, forçant le pays, une fois de plus, à réagir d’urgence. Vendredi 19/04, Xi Jinping rassemble le Politburo pour 5ème fois depuis le XVIII. Congrès, sur le thème de la corruption. La priorité à cette lutte est réaffirmée avec force. Les média ouvrent sur internet une page de délation anonyme. Et pour leur réinculquer la discipline et la vie simple, Xi ordonne aux généraux et autres haut gradés, de servir « au moins » 15 jours par an comme simples soldats.Le grand nettoyage des Chemins de fer commence à Pékin, avec le procès des comparses de Liu Zhijun, l’ex-ministre. Ils risquent 3 à 15 ans, et Liu sa tête. Les limiers de la CCID font du zèle. Après Yu Qiyi, cadre soupçonné de malversations à Wenzhou (Zhejiang), c’est à Jia Jiuxiang de décéder en détention, à Sanmenxia (Henan) pendant son investigation. Manifestement durant cette campagne anticorruption, Xi va plus loin que ce que l’on attendait.
Il y a une limite toutefois. Six militants citoyens viennent d’être embastillés pour avoir revendiqué dans la rue la publication des patrimoines des apparatchiks – c’est un clair avertissement du régime, qui craint moins la colère des cadres, que de celle de l’opinion, excédée de trop de gabegie. Ainsi le 19/04 à Taizhou (Jiangsu), un cadre surpris avec 30 hôtes à ripailler au restaurant se retrouve séquestré par la populace. Libéré par la police, il est licencié sous 48 heures.
Autre imprévu, le séisme de Lushan (Sichuan, 20/04, force 7) fait au moins 193 morts, 12000 blessés, détruit 10.000 maisons. L’administration est mieux préparée qu’en 2008, où le séisme aux 88.000 vic-times avait révélé les nombreux dysfonctionnements des secours. Cette fois, en moins de 5h, le 1er ministre Li Keqiang est en route. En 2 jours, 30.000 tentes sont montées, les distributions d’eau, de riz s’organisent, financées par 1MM¥ du ministère des Finances. Une course contre la montre est engagée, poussée par les « tweets » des 500 millions de «weiboteurs» qui restent informés en temps réel. Un mode innovant de contrôle de l’Etat !
Seules ombres au tableau : les écoles bâties par Hong Kong ont tenu sous les secousses, d’autres se sont effondrées. De plus, approchés par la Croix Rouge de Chine, les donateurs institutionnels avancent peu, et demandent à voir. Notoirement, la moitié des 6 milliards € rassemblés en 2008, s’est évanouie dans la nature sans jamais atteindre ses destinataires…
Parmi 31 pays, le Japon a offert ses condoléances, son aide. Pékin a refusé : «pas nécessaire pour l’instant». Quoiqu’au même moment, 200 pompiers russes arrivaient sur les lieux. Il faut dire que le Premier ministre japonais Sh. Abe venait d’envoyer 3 de ses ministres et 168 députés s’incliner à Yasukuni, un mémorial qui nie des massacres fascistes du Mikado dans les années ‘30. C’était le plus sûr moyen de déclencher la colère de la Chine – et de la Corée du Sud. Abe, par ailleurs, met de l’huile sur le feu du conflit des îles Diaoyu-Senkaku : il menace d’expulser tout Chinois posant pied sur ses îlots, et Pékin dépêche 8 garde-côtes dans les parages. La contradiction nippone, ici, est flagrante. En mars, l’investissement des firmes japonaises en Chine augmente de 43% à 1 milliards $. Et selon Jetro, l’agence nippone, « pour nos firmes, la Chine reste LE pays où investir dans les 5 prochaines années ».
Hélas, Tokyo n’est pas la seule à protester. L’Inde déplore les incursions de l’APL au « no man’s land » frontalier – il est vrai que ce territoire intermédiaire n’a pas de frontières reconnues des deux parties… Mais ici aussi, les soupçons s’exacerbent, et l’armée chinoise semble disposer d’une grande autonomie.
Tout cela aboutit à une autre contradiction, chinoise celle-là. Xi évoque, avec sincérité indiscutable, son espoir de « partager avec le monde son rêve de jouvence et d’énergie positive », et créer des relations plus confiantes avec Europe, USA, la Terre entière. Mais en attendant, d’autres forces en Chine ont d’autres croyances : pour que Xi parvienne à ses fins, il faudrait qu’il obtienne que les différentes sphères s’accordent, de préférence sur ses idées de coopération, plutôt que sur celles des autres, basées sur les intérêts corporatistes et la fierté nationaliste.
Sommaire N° 16