La campagne de «
Ou Deng Hong, milliardaire de 50 ans, ex-militaire spécialisé dans les parcs d’exposition, devant répondre à la CCID (Commission centrale d’inspection de la discipline) pour détournement de fonds. Second groupe auto, FAW (First Auto Works) dément qu’un tiers de son état-major soit sous enquête pour fraude – deux de ses leaders sont en prison.
Aussi pour les cadres, c’est un bon moment pour se faire discrets. Au 1er trimestre, les ventes ont baissé de 2,5% par rapport au 4ème de 2012, et les restaurants de 30 à 35%. Ferrari, LVMH, l’alcool, la bijouterie reculent.
La moyenne bourgeoisie, non concernée, garde un comportement de consommation normal, faisant remonter légèrement les ventes en mars à +10,3%.
Mais on ne voit pas encore le grand plan anti-corruption, qui validerait la volonté des dirigeants contre le chancre du régime. L’appareil freine par refus de perdre ses privilèges et craint d’être déstabilisé. Fin février, présidé par Wang Qishan, un meeting de la CCID étudiait la publication obligatoire du patrimoine privé des cadres. Un participant affirma que la proposition fut rejetée par tous, comme « impensable à cette heure. L’opinion ne supporterait pas d’apprendre l’étendue de nos richesses ». Ce qui explique la censure renforcée des réseaux sociaux (17/04), interdits de citer des « journalistes pigistes » ou la presse étrangère.
Autres limites de cette campagne : La consommation de luxe se reporte hors de la vue publique, dans des clubs privés (dans les parcs, les anciens temples), et lors de missions à l’étranger.
Sous pression de produire des résultats et souffrant d’une pratique arbitraire dite shuanggui (« double enquête », 双轨), la CCID fait des bavures : Yu Qiyi, 42 ans, cadre de Wenzhou (Zhejiang) a disparu 38 jours avant de réapparaître le 09/04 et décéder – la presse parle d’un « accident »…
Le 17/04, Yi Gang, vice-gouverneur de la Banque centrale, évoque un imminente avancée vers la dérégulation du yuan : peut-être 1% de flottement/jour, pour mieux refléter la tendance quotidienne. Ceci devrait tirer le yuan vers le haut, tendance peu favorable à l’export, et ce, malgré un effritement de la croissance au 1er trim. Signe que l’Etat garde le cap sur la réforme, le marché intérieur, l’urbanisation. Comme pour compenser, le Conseil d’Etat met la dernière touche à un stimulus « écologique », favorisant l’achat de produits à faible besoin en énergie.
A cette heure, concernant les autres réformes évoquées par le nouveau pouvoir, sur la fin du hukou (permis de résidence), la taxation, l’environnement, on ne voit pas plus venir. Mais on en sent des préparatifs.
Le 15/04 encore, Li Keqiang appelle à la « mutation promotionnelle, dans la stabilité maintenue. S’il doit y avoir des mesures transitoires, ajoute-t-il, elles ne devraient pas faire barrière aux réformes de marché de l’avenir » - déclaration qui sonne comme un aveu des murs que lui dressent les « intérêts déguisés » (les lobbies et les clans des nantis).
Mais Li Keqiang et Xi Jinping ont-ils le temps ? Le 27/03, Tribune du Peuple, filiale du QdP, proposait un sondage en 4 questions sur la « confiance, la conviction et la foi » en le Parti Communiste Chinois. Sur les 3000 répondants, 80% furent négatifs et presque 84% niaient que « seul le PCC puisse conduire le peuple sur le chemin du socialisme aux couleurs de la Chine» – suggestion que l’opinion réclame le multipartisme.
« Croyez-vous que le Parti ait assez de courage et d’intelligence pour accélérer et pousser les réformes ? » :
– Totalement d’accord : 6,96%
– D’accord : 4,95%
– Pas sûr : 12,69%
– Pas d’accord : 75,40%
Sondage internet (27/03) Tribune du Peuple
Le sondage a été retiré sans délai. Pour l’aile réformatrice, le désaveu est rude. C’est un signal que l’immobilisme, en ce pays aux changements si impérieux et imprescriptibles, n’est pas une option.
Sommaire N° 15