
Aux industriels étrangers, la Chine a toujours semblé un marché géant, plein d’opportunités, mais semé d’embûches non discernables a priori. Or depuis peu de temps, cette fascinante dualité change de forme, avec l’émergence de moyens de communication et de mobilisation surpuissants. Chaque année en mars, l’émission consumériste 3.15 de la CCTV dénonce des marques phares, souvent étrangères : Volkswagen vient d’être épinglé pour transmissions électroniques défectueuses sur des centaines de voitures. Le constructeur doit ainsi rappeler 384.000 véhicules, ce qui lui coûtera 400 millions d’€uros.
Mi-mars, les smartphones Android se voyaient reprocher par un think tank leur position dominante : ce système d’exploitation créé par Google est passé en Chine de 0,6% du marché en 2009, à 86,4% en 2012.
En même temps Coca Cola était accusé d’ « espionnage », suite à des relevés cartographiques du relief du Yunnan par GPS –le n°1 des sodas en Chine espérait raccourcir ses délais de livraison.
Un autre cas doit faire réfléchir, en raison de son poids socio-économique. Avec 1,5 million d’employés en Chine, Foxconn, qui produit divers coûteux gadgets pour des marques internationales, dont l’iPhone d’Apple. Or, depuis février Foxconn n’engage plus. Raison alléguée par T. Gou, le PDG taiwanais : au retour des congés de février, 90% des actifs sont revenus, taux très élevé (et signe de crise).
Mais les experts avancent d’autres raisons :
– la facture toujours plus élevée de la pollution de ses usines,
– la hausse des salaires (1800¥/mois),
– le robot qui remplace l’employé (T. Gou veut en implanter 1 million sous 3 ans).
Et surtout , Gou veut ouvrir en Indonésie, aux USA, au Brésil, à Taiwan pour réduire le risque des « grèves patriotes » – épée de Damoclès sur tout groupe installé en Chine. Le PDG semble convaincu que le « dividende Chine » pour Foxconn, a atteint ses limites. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce que Gou vise est une diversification entre pays, plutôt qu’un abandon de la Chine. D’où l’intérêt, pour Li Keqiang et Xi Jinping d’entamer des réformes pour orienter l’économie entière vers un « durable décarbonisé ».
D’autres renforcent l’investissement en Chine, comme Carrefour ou Walmart qui annoncent de nouveaux magasins. À la tête de 219 surfaces (67.000 emplois) Carrefour va en ouvrir 20 par an, notamment au Centre et à l’Ouest.
NB : à peine Tim Cook, le Président d’Apple présentait ses « excuses » à la Chine (cf VdlC n°13) que Pékin clôturait l’incident. Tout comme ConocoPhillips, qui une fois réglé son litige avec l’Etat, suite à une pollution en mer de Bohai, fut protégé par ce dernier, contraignant les pêcheurs à retirer leurs plaintes. Tout ceci laisse l’impression que le pouvoir s’affirme toujours plus, prend le plus souvent le parti de ses firmes nationales face aux étrangères, mais tente aussi parfois de faire preuve envers ces dernières d’équité et de responsabilité.
Sommaire N° 14