Stratégie d’Etat ou ruée privée ? Depuis 5 ans, chaque année toujours plus, la
Chine investit hors frontières. En 2012, ses fusions-acquisitions valaient 65,2 milliards de $ (+54%). La plus importante était les 5000 cinémas AMC (USA et Canada) par le promoteur Wanda, déjà maître de 1000 salles obscures en Chine. Wanda en négocie 2000 autres en Europe chez Odeon & UCI et Vue Entertainment (Grande-Bretagne) – une de ces avancées à pas de géant, qui fait prédire à Xi Jinping, à Boao, 500 milliards de $ d’investissements hors Chine sous 5 ans.A vrai dire, ce flux apparait inéluctable. Après 10 ans de croissance effrénée, nombre de groupes chinois, d’Etat ou privés, croulent sous l’argent et ont toujours plus de mal à le replacer de façon lucrative, vu le suréquipement chinois en tout, usines comme infrastructures. Souvent par contre, ces entreprises trop ramifiées manquent de technologies faute d’avoir fait le choix d’un métier majeur, d’avoir eu le temps de développer un savoir-faire et d’avoir joui d’une efficace protection de la propriété intellectuelle pour leur R&D.
Au demeurant, ces investissements hors Chine sont encouragés par l’Etat (un moyen parmi d’autres pour alléger la pression extérieure à la réévaluation), et facilités par le fait qu’une partie des fonds nécessaires est déjà hors frontières, aux mains d’intérêts chinois, en paiement de leurs exports.
Parmi d’autres achats de 2012 figuraient celui de Nexen, par Cnooc (15,1 milliards de $, autorisé en janvier, moyennant le maintien intégral du management de ce groupe canado-US), l’électroménager néozélandais Fisher & Paykel (703 millions $), et les batteries auto A123 par Wanxiang (260 millions $, USA).
Très bénéficiaires mais également à risque du fait de prêts aussi lourds qu’incertains (aux provinces, aux consortia), les banques cherchent à se diversifier hors du pays. Dès 2007, ICBC reprenait 20% de la Standard Bank d’Afrique du Sud, puis des filiales nord américaines de la BEA et d’autres actifs en Argentine. En avril, elle finalise la reprise de 20% d’ « une importante banque taiwanaise ». Selon certaines sources, la CCB pourrait suivre en 2013 sur des marchés en croissance (Amérique latine, Moyen-Orient, Afrique).
Ces dernières années, l’offensive d’achat a visé prioritairement les mines et hydrocarbures (en 2013 pour la première fois, la production hors frontières dépassera les imports). C’est aussi pour la maitrise technologique, comme dans la reprise de Nexen ou celle de 69% de Talisman (en mer du Nord) pour 1,5 milliard de $ par Sinopec. De même, en solaire, Hanergy reprend coup sur coup la start-up allemande Solibro, puis la californienne MiaSole.
De même dans sa chasse aux pépites aéronautiques, dès 2011, aux USA, AVIC avalait Cirrus (avionneur), puis en janvier 2013, les hélicoptères Enstrom (cf photo). En avril, en France, il rachetait Sky Aircraft (projet d’avion tout terrain) pour 180 millions d’€uros d’engagement. Deux mois plus tôt, le groupe minier Heima rachetait Lisa Airplanes, concepteur français d’hydravions.
Ce à quoi l’on assiste, est l’occasion saisie par la Chine de s’implanter sur un marché occidental mature, devenu soudain vulnérable. Pour ces PME euro-américaines qui viennent de créer des technologies, moyennant des centaines de millions de $, sans avoir pu en profiter, voir leurs brevets rachetés « une bouchée de pain », leur laisse un goût amer. Mais les Chinois prennent le risque de sauver des emplois, des projets en faillite—et tous ne réussiront pas.
NB: le contrat de AVIC de reprise de Sky Aircraft a finalement été démenti – Sky Aircraft vient d’être mis en liquidation judiciaire, avec cessation d’activités immédiate. Le projet d’avion tout terrain, Sly Lander, est donc enterré.
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BOURRIER Patrick
15 avril 2013 à 09:45en lisant l’article sur l’expansion dugroupe Wanda – via acquisition de salles de cinéma enAmérique et en Europe – je ne peux m’empêcher de revoir les salles situées à Shijingshan/Babaoshan juste en face de l’Hotel Pullman….