Religion : « HABEMUS PAPAM »

L’élection en la chapelle Sixtine de François (cf photo), premier pape du nom (13/03), suscite bien des espoirs de meilleure coopération et de reconnaissance mutuelle entre chrétiens et communistes en Chine, entre Zhongnanhai et Vatican. 

Depuis 2010, ce cheminement est entièrement bloqué et les vieilles méfiances réciproques règnent. 

Côté Rome, trois évêques nommés par Pékin ont été excommuniés. 

Côté Pékin, la Conférence épiscopale (une des deux instances officielles) radiait fin 2012 et assignait à résidence Damien Ma Daqin, évêque de Shanghai, pour avoir souhaité se retirer de l’autre tutelle religieuse, l’APC (Association Patriotique Catholique). Et en dépit de la fonte du nombre des prêtres d’active, deux séminaires étaient fermés, dont celui du Shanxi (07/01). La dernière fois que Pékin évoquait la chrétienté catholique (18/02), c’était pour lui dicter ses conditions préalables à toute normalisation (pas vraiment signe de souplesse) : « lâcher Taiwan » et « éviter de se mêler des affaires chinoises internes ». 

Pourtant sous Benoit XVI, les choses n’avaient pas si mal débuté. En 2007, le Pape émettait une lettre ouverte à l’Egli-se chinoise, qui appelait au dialogue et respirait un esprit de compromis. En face, il y avait eu réponse, rencontres discrètes ; l’on commençait à pratiquer des nominations conjointes, désignées par une partie sur base de la liste de l’autre. Que s’est-il passé pour casser le processus ? 

Un ensemble de causes ont joué. Les luttes de succession de Hu Jintao ont causé une radicalisation. D’autre part, les tutelles, Conférence et APC freinent un concordat où elles ont tout à perdre, à commencer par leur existence spirituelle (car c’est le Pape que l’on écoutera) et matérielle (il faudra restituer des biens d’église, tel le séminaire pékinois, domaine sans prix au cœur de la ville). Aussi c’est la Conférence et non le pouvoir qui a dicté, puis annoncé le châtiment de Ma Daqin. Même si la perte d’image, internationale et interne dans l’église chinoise, est pour le régime. 

En outre, le Parti aussi se fait un certain souci, face au réveil de la spiritualité. Plus la morale civique recule, sapée par la corruption et la course à la fortune, plus la population spoliée cherche refuge vers les religions, qui accueillent des conversions par millions, y compris parmi les couches les plus éduquées et au sein du Parti. Catholiques, protestantes et bouddhistes, les chapelles de l’ombre foisonnent, bravant la persécution : dix prêtres clandestins au moins sont en prison. 

L’arrivée de François libère des espoirs. Le nom du nouveau pontife, fait référence au Saint d’Assise, et aussi à François-Xavier, 1er évangélisateur à avoir mis pied en Chine en 1552. On entend aussi les appels des deux bords : ceux de l’évêque Jean Fang Xingyao, Président de l’APC, et de Jean Tong, évêque de Hong Kong, membre du Conclave. Ren Yanli, chercheur à la CASS voit en cette élection la chance d’un nouveau départ. À l’en croire, Li Keqiang et Xi Jinping «se documentent, prennent leur temps, avant de décider». Comme si le mal était venu, sous le pouvoir précédent, d’un abandon du dossier à ceux qui avaient le plus grand intérêt à la stagnation. 

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