Avec la
restructuration du Conseil d’Etat juste approuvée, « nous n’avons certes pas atteint la réforme idéale », déclara Li Keqiang, dimanche 17 mars en la salle d’apparat du Palais du Peuple à Pékin. C’était son baptême du feu face à des centai-nes de journalistes chinois et étrangers – événe-ment rituel après l’intronisation de tout nouveau gouvernement. « Mais pour avancer, ajouta-t-il, il faut composer avec les réalités ». C’est en ce style nouveau, mêlant idéal démocratique et transparence que Li inaugurait son mandat, maniant les 2 maîtres-mots de « constitution » (Etat de droit) et d’« équité ».Dès le départ, Li Keqiang veut « prendre ses responsabilités, et le courage de faire les choses » pour « remodeler l’Etat face au marché et à la société ». C’est peut être en citant l’échec de ses projets de super ministère de l’Energie ou de l’Environnement, qu’il citait les difficultés : « la structure actuelle est inadaptée… les citoyens sont frustrés, et il y a trop d’occasions de corruption mais pour changer les choses, il faut l’accord de trop d’instan-ces. C’est difficile et exaspérant ! » Mais Li promet de poursuivre : « sur les 1700 champs de compétence du Conseil d’Etat, nous promettons d’en retrancher au moins un tiers (durant notre mandat) ». Dans cette tâche qu’il entreprend avec Xi Jinping, Li voit « une révolution : il y aura des sacrifices à fai-re…nous sommes déterminés… nous ne nous défilerons pas ».
Un autre mot-clé au programme est celui de « dividende de la réforme, pour la société »: l’Etat va consommer moins, s’interdire de construire de nouveaux locaux, réduire les émoluments et les dépenses de prestige public: « nous devons (re-)gagner la confiance des masses en promouvant la frugalité ».
Et ici, même si Li prend soin de saluer d’abord la «solide fondation» léguée par l’ex-1er ministre Wen Jiabao, on a du mal à ne pas entendre comme une critique à ses prédécesseurs cette phrase : «c’est seulement quand on est pro-pre soi-même, que l’on peut exiger des autres de l’être aussi ». Promettant de ne pas viser le profit dans l’action de son cabinet, il réclame même la supervision de la société pour restreindre les abus des fonctionnaires -plus tard, parlant d’environnement, il réitère cette invitation aux masses de dénoncer, voire d’empêcher la pollution des entreprises. La corruption, pour lui, est « aux antipodes » de ce que veut le pouvoir, et il promet de la réprimer avec «toute la rigueur de la loi ».
Ceci, afin de financer l’urbanisation à grande échelle, le développement du marché intérieur par les franges basses et moyennes, ce dont il attend des dizaines de millions d’emplois nouveaux, des services, la croissance future. L’urbanisation, c’est aussi augmenter les dépenses de sécurité sociale pour que « tous les frais de santé soient remboursés », et pour que les comptes de retraite individuels soient transférables en Chine – point de départ pour supprimer, « à long terme », la citoyenneté à deux vitesses entre citadins et paysans…
Enfin, dans son auto-présentation au monde, Li Keqiang soumet nombre de déclarations vertueuses, mais peu de chiffres. Comme si trop d’ennemis, et trop peu de pouvoir l’empêchaient de s’engager sur des promesses quantifiables. C’est sans doute sage, mais cela ne plaide pas pour sa capacité à changer les règles du jeu et réaliser son programme, au moins à court terme !
Dernières nominations
Li Yuanchao nommé
Vice-Président de la République
Et au Conseil d’Etat
(1er Ministre, Li Keqiang) :
4 Vice-Premiers :
Zhang Gaoli,
Mme Liu Yandong, Wang Yang,
Ma Kai
5 Conseillers d’Etat et
25 ministères
Développements à suivre dans le prochain numéro et dans la mise à jour de notre étude : « Xi Jinping – la nouvelle ère »
Sommaire N° 10