Politique : Corée du Nord — le retour des pyjamas – Mickey, et de l’AIEA

Perdus dans les rayons, des clients maigres hésitent entre chips et pyjamas «Mickey», cachant mal le brillant dans leurs yeux. Nous sommes dans le quartier Kwangbok à  Pyongyang coeur du dernier bastion stalinien.

Ouvert le 05/01, ce supermarché en JV à majorité chinoise (65%), qui change au noir euro, yuan et billet vert, est un testament du dictateur Kim Jong-il, qui y fit son ultime apparition en déc. 2011. Ces produits importés ne sont pas pour tout le monde : le pot de miel vaut 10 jours de salaire (à 10$) et la bouteille de vin chinois « Great Wall », 26 jours. Mais c’est le lieu mythique de la naissance de la société de consommation : en 2011, les échanges avec la Chine ont bondi à 5,1MM$ (+70%), accélérés par la construction de routes transfrontalières. Pékin désenclave la Corée du Nord.

Du « Cher Leader » reste un autre héritage. Corée du Nord et USA ont repris (24-25/02) les palabres à Pékin, qui sert d’entremetteur. Il s’agit de détourner la Corée de la voie folle où elle s’est jetée en 2009, rompant les pourparlers à six pays, chassant les inspecteurs nucléaires de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique), et multipliant les provocations (tests nucléaires, enrichissement d’uranium, lancements de missiles-longue portée, bombardement d’une île sudiste).

Quoique secrète, la démarche à trois ne date pas d’hier. Durant plusieurs voyages en Chine, Kim Jong-il avait été persuadé de retourner discrètement aux négociations. Une rencontre en décembre avait failli aboutir, interrompue par le décès du dictateur. Et voilà que le 29/02, H. Clinton annonce depuis Washington un 1 er pas qui change tout. Les quatre jours de délai ont pu être nécessaires pour le faire valider par l’appareil nordiste. Pyongyang se retire des tests nucléaires et de missiles, de l’enrichissement nucléaire, et accepte le retour de l’AIEA. Les USA offrent 240.000t de nourriture pour la population, et promettent plusieurs réacteurs nucléaires, en échange d’un comportement positif, vers un traité de paix.

C’est que la famine hante toujours au « Pays du matin calme », ne pouvant se nourrir, surtout sous collectivisme et climat sibérien. Affamés, ils sont entre 50.000 et 100.000 réfugiés chaque mois, à passer la frontière – la Chine en renvoie de force 5000/mois. Au grand dam de Séoul, qui craint que ces rapatriés ne soient punis. Pékin répond que ces transfuges récidivent parfois, jusqu’à « des douzaines de fois ».

Autre tradition qui perdure : les exercices militaires mixtes annuels Corée du Sud-USA (27/02-09/03), et les menaces fanfaronnes du Nord, de « frappes de rétorsion puissantes ». Ceci suggère que Kim Jong-un, le jeune « glorieux leader » (29 ans) n’a pas encore les coudées franches face aux faucons de l’Etat major, qu’il doit convaincre de sa fermeté. Enfin, derrière toute cette routine, c’est l’élément nouveau, d’espoir qui domine, piloté par une Chine lasse de devoir  maintenir son vassal la tête hors de l’eau.

Un dernier point, et non le moindre, pour B. Obama, en pleine campagne électorale, c’est une victoire personnelle… made in China, et dont il sera redevable !

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