Branle-bas à l’aube des Plenums de la CCPPC (Conférence Consultative Politique du Peuple chinois) et de l’ANP (Assemblée Nationale Populaire) qui s’ouvrent les 03 et 05/03.
Sur les dents, la police est aux portes de Pékin pour tamiser les entrées, refoulant les véhicules extérieurs, vérifiant l’alcoolémie des chauffeurs. Du 10/02 pour un mois, 15.000 apparatchiks ont été dépêchés dans 5.010 villages du Hebei en mission de « weiwen » (维稳, maintien de l’ordre), afin d’empêcher tout candidat pétitionnaire de monter à la capitale déposer sa plainte.
L’ANP surtout, sert d’échiquier aux futurs leaders.
Sept gouverneurs sont confirmés à leur poste, d’autres font leur baptême du feu : Su Shulin, 49 ans, au Fujian, Zhang Qingwei, 50 ans, au Hebei. Ils se placent dans la course pour l’après Xi Jinping, en… 2022, aux côtés de Zhou Qiang, 51 ans, secrétaire du Parti au Hunan et surtout Hu Chunhua, 48 ans, secrétaire pour la Mongolie Intérieure, un favori de Hu Jintao.
Wen Jiabao, le 1er ministre, ouvre le bal (05/03) par son ultime « discours de l’Etat de l’union », qui sera mouliné dans les groupes de travail et voté en fin de session avec d’autres rapports (celui du budget, du Juge et du Procureur suprêmes, etc). En cette enceinte conciliante, l’unanimité n’est pas rare… La plus forte opposition, en 1992, fut celle au barrage des Trois-Gorges : abstentions, rejet et votes nuls avaient fait 30% des voix.
Par rapport aux années précédentes, le populisme semble davantage présent – pour redonner du coeur à des masses plutôt moins satisfaites, avec 180.000 manifs en 2011. On a vu (cf. p.3) le renouvellement des normes de pureté de l’air. Puis Feng Zhenglin, le ministre des Transports présente un plan sur deux ans pour négocier des conventions collectives aux deux millions de chauffeurs de taxi, brandissant sans cesse la menace d’une grève, et écrasés entre les groupes qui les exploitent et la concurrence déloyale des taxis au noir.
Côté législatif, les juristes se réjouiront de la révision de la loi de procédure criminelle qui a pu être amendée par les élus et non discrétionnairement par les cadres, comme par le passé. Ces élus ont pu bloquer une « clause de disparition » qui permettait six mois de détention discrétionnaire, sans en notifier les proches. Si jamais le texte passe, cette latitude sera limitée à 24h, voire 37 jours, dans les cas « criminels ».
Un autre gros dossier, est le projet de loi de l’audit, coïncidant avec le renouvellement des JV des quatre groupes mondiaux (KPMG, Deloitte et E&Y, cette année, PWC, en 2017) qui emploient chacun 10.000 auditeurs entre Chine, Taiwan et HK. Pour le ministère des Finances, l’enjeu est immense : l’audit de toutes les affaires chinoises y compris hors frontières, et l’emploi de 180.000 auditeurs aujourd’hui, 250.000 en 2015 (puis à terme, 12 millions, avec les emplois dérivés). Le levier est simple : rendre obligatoire le diplôme comptable national, en mandarin. Les quatre grands occidentaux tentent de jouer les prolongations, argumentant que la Chine n’est pas prête…
Dernier sujet, le plus lourd, et le moins présent : le Président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a présenté (27/02) un rapport avertissant la Chine de changer, sans tarder davantage, de modèle de croissance, sous entendu, en dérégulant crédit et droit du sol.
Mais le sujet sera-t-il abordé durant les sessions ? À ce stade, rien ne permet de le supposer.
Sommaire N° 8