Diplomatie : En mer de Chine du Sud, rien de nouveau

À son lancement (15/06), le nouveau passeport chinois était passé inaperçu. Mais à l’arrivée de Xi Jinping, cinq pays ou régions protestent : USA, Inde, Vietnam, Taiwan et Philippines – les quatre derniers refusant de le tamponner. Motif : sa carte « de Chine » intègre deux territoires sous drapeau indien et la mer de Chine du Sud – niant ainsi tout droit aux Etats riverains. 

L’enjeu est lourd : selon les USA en 2008, la zone maritime pourrait recéler jusqu’à l’équivalent de 213 milliards de barils de pétrole. De plus, ces eaux à bas-fonds, autour de milliers d’îlots tropicaux, abritent d’importantes ressources halieutiques. Et qui tient ces eaux, tient les routes stratégiques d’un tiers du trafic maritime mondial !
Pour épurer leur contentieux, la Chine et ses voisins de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est) avaient bien convenu en 2002 d’un Code de conduite consistant à s’abstenir de toute expression de leurs revendications, dans l’attente d’une résolution. Mais le code avait été bientôt oublié par toutes les parties – le pétrole, la croissance n’attendent pas.
Pire, sur le principe-même des négociations, Chine et riverains s’affrontent: soutenue par les USA, la majorité de l’ASEAN veut un tapis vert multilatéral, sous l’égide de la Convention de l’ONU du Droit de la mer, tandis que Pékin s’enferre à exiger d’impossibles discussions entre elle et chaque autre… sous droit chinois. 

Sous cet aspect, elle vient de marquer un petit point au 21ème Sommet ASEAN (du 17 au 19/11), en faisant acter par son « vassal » cambodgien, Président de séance, que l’ASEAN ne voulait pas « internationaliser » le litige. Phnom-Penh (qui n’est pas partie prenante) venait de recevoir un chèque de 50 millions de $, et le règlement des funérailles de l’ex-roi Sihanouk (décédé le 15/10 à Pékin). 

Entre-temps, Pékin fait monter la pression. Fin novembre son porte-avion Liaoning réussissait le 1er décollage de son chasseur bombardier J-15. La province de Hainan annonçait qu’au 1er janvier 2013, elle arraisonnerait dans « ses eaux » tout navire à sa guise (elle semble en fait ne parler que de la bande des 12 milles autour des atolls sous pavillon chinois). Puis le 3 décembre, un « chalutier » chinois coupait le câble d’un navire cartographe vietnamien faisant un relevé sismique pour le compte de l’Inde, préalable à un forage pétrolier. Du coup, Vietnam et Inde annoncent patrouilles et protection militaire dans la zone. 

Et Xi Jinping ? Fin septembre 2012, au 9ème Sommet Chine-ASEAN de Nanning, il se disait engagé à résoudre les différends par des négociations « amicales mais fermes, dans la défense de la souveraineté nationale ». La croissance chinoise, rappelait-il, entraîne celle du monde, « ASEAN compris » -allusion aux 362 milliards de $ d’échanges bilatéraux en 2011 (+24%). 

La différence est que Xi est aujourd’hui le maître à bord: il peut désormais décider vers quelle direction orienter le cap dans ses relations avec les voisins. Il est temps : même l’Union Européenne s’alarme d’une mainmise sur la zone et les USA, décidés à ne pas laisser faire, y retournent, accueillis par les Etats riverains enthousiastes. 

Le problème est vieux, et complexe. Il n’y a pas que la mer de Chine du Sud que Pékin revendique, mais aussi celle du Nord, côté Japon. Elle le fait suivant le plan de l’amiral Liu Huaqing des années ‘90, pour faire sauter le verrou posé par les USA (selon elle) sur son expansion. Pour régler le problème, il faudra attendre que cette hantise d’être « encerclé » des derniers leaders ex-Gardes Rouges, soit dépassée, et que des jeunes plus sensibles au monde et à la négociation prennent le relais.

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