Li Keqiang le dit, la réforme économique, c’est maintenant : « son dividende démographique s’estompant, la croissance chinoise doit désormais se caler sur un dividende de réforme». La CASS (Chinese Academy of Social Sciences) semble d’accord, prédisant pour 2013 un PIB de +8,2% contre +7,7% en 2012, suite à la réforme de la TVA et des prix des matières premières.
Par ailleurs, un vent neuf semble caresser d’autres voiles, comme celle de la monnaie.
❶ Fin novembre, Wenzhou (Zhejiang) adoptait un train de mesures-éprouvettes pour légaliser la banque clandestine.
❷ Puis le 03/12, la SAFE, tutelle des devises, lance un système pilote sur 4 provinces ou villes (Zhejiang, Shaanxi, Liaoning, Dalian) pour enregistrer les transactions durant trois mois, surtout avec Hong Kong. Suivront fin avril 2013, 15 jours d’audit, avant de passer à une autre étape d’ouverture des comptes capitaux, « inscrite au XII. Plan quinquennal », rappelle Zhao Xijun, vice- doyen de la faculté de finance de l’université Renmin. L’opération consiste à renforcer l’intranet et la base de données des opérations, afin de pouvoir passer à un flux financier en temps réel, et donc à la convertibilité.
❸ Un incident se produit dans le secteur de l’audit international. Le 03/12, cinq groupes dont les « quatre géants » (E&Y, KPMG, PwC et Deloitte) se laissent épingler par la Commission fédérale américaine (Securites and Exchange Commission) pour refus de coopération dans une enquête sur 9 groupes chinois en bourse de New York. Les quatre géants refusent au nom de la loi chinoise, qui traite les audits des conglomérats publics en «secret d’Etat». Cette loi vise à renationaliser un marché de l’audit largement aux mains de l’étranger (les auditeurs devraient désormais être titulaires du diplôme national, après études en Chine, en mandarin) et à protéger les conglomérats de l’action d’une tutelle étrangère. D’inspiration protectionniste et socialiste, elle impose ainsi la présence de l’Etat dans un secteur à rôle d’arbitre, censé être indépendant. La « frappe » de la SEC va donc forcer la Chine à clarifier sa position. En dépend, le maintien des quatre géants en Chine, et celui de dizaines de firmes chinoises en bourse américaine (50 ont déjà été délistées) !
Ces progrès (sur les comptes capitaux et sur les audits) interviennent au moment où la Chine se lance dans une ruée sur les investissements étrangers. Des groupes tels la CIC (China Investment Corporation) guignent une partie des 50 milliards de $ d’actifs bientôt privatisés par la Grèce. Hainan Airlines veut reprendre 35% du transporteur de fret Cargolux (17 Boeing 747). Aux USA, Wang Jianlin, patron de Wanda (3ème fortune nationale) veut placer 10 milliards de $ en 10 ans dans l’hôtellerie… Sous 5 ans, prédit Chen Deming, le ministre du Commerce, les investissements chinois et mondiaux se seront équilibrés.
Ceci explique cela : après avoir longtemps servi de rempart contre l’étranger, la monnaie (non convertible), et l’audit (verrouillé) deviennent à présent pour la Chine un handicap, protégeant l’étranger de ses appétits immenses en rachat de mines, de terres cultivables, en compagnies aériennes ou en grands crus classés. Mais très vite, la Chine mue pour faire face à ses nouveaux besoins !
Sommaire N° 39