Environnement : COP 18, à Doha : l’engagement tacite de la Chine

À l’issue de la conférence COP 18 contre le dérèglement climatique de Doha, (Qatar, 25/11-08/12), l’obstination courageuse du Président Qatari à arrêter la pendule plus de 24heures, permit aux 190 pays d’obtenir un accord à l’arrachée, surmontant la dernière opposition rageuse de la Russie.
Cet accord est loin du compte, au vu de l’objectif visé -éviter d’ici 2100 un réchauffement de 4° et un mètre de montée des mers. Et pourtant, philosophe, le ministre chinois de l’environnement Xie Zhenhua y vit « la preuve d’un progrès dans le processus multilatéral d’action climatique ». 

Quoique son pays n’ait cessé durant la COP 18 de soutenir qu’au nom d’une « responsabilité morale », les pays « riches » devaient payer pour les « pauvres » : couper le plus leurs émissions de CO2 -nonobstant le fait que la Chine elle-même soit entretemps devenue 1er pollueur mondial, avec 28% des émissions en 2011. Ils devaient aussi payer 60 milliards de $ au Fonds Vert d’ici 2015, en soutien aux actions environnementales des pays en développement.  

De l’avis de tous, l’accord est une coquille vide : le Protocole de Kyoto (qui impose aux pays signataires des coupes contraignantes de leurs émissions, et qui expirait au 31/12), est prorogé jusqu’en 2020. 

Mais ses pays ne reçoivent aucun objectif nouveau. Et surtout, trois grands pollueurs (Canada, Russie, Japon) s’en sont retirés, excédés de voir les deux plus gros, Chine et USA s’auto-exempter. De la sorte, « Kyoto-II » n’associe à son effort de réduction que l’Union Européenne, l’Australie, la Suisse et quelques autres, comptant pour 14% des émissions. 
Pour le reste de l’accord, le Fonds vert a été très faiblement alimenté : 6,8 milliards de $, engagés par l’Europe : ici, les pays pauvres, éternels déçus, font les frais de la récession. 

Par contre, trois bonnes nouvelles apparaissent, ou se confirment : 
[1] d’ici 2015, un nouveau traité sera négocié, à pied d’égalité : plus d’exceptions aux émergents, ni aux ex-pays de l’Est.
[2] En 2020, tous les pays auront des quotas d’émission -même la Chine.
[3] Enfin, un droit à «compensation» pour des «dommages» est reconnu aux pays pauvres et spécialement vulnérables, tels les Philippines et le Bengladesh, même si aucun fonds n’est encore prévu. 

Le fait que le négociateur chinois Su Wei ait accepté l’entrée dans un système de quotas, est remarquable. Jusqu’alors, il prétendait n’accepter ceci, qu’une fois quadruplé le revenu national par habitant (à 20.000$, d’ici 2020), mais les experts calculaient que Pékin voulait « tenir » jusqu’à 2030, date à laquelle la population chinoise commencerait à refluer. Tandis qu’ainsi, Pékin se résout à des quotas, dix ans avant ce passage du cap démographique. C’est aussi peut-être une première fois que la Chine promet de s’engager dans un plan supranational, y compris en payant ! 

Que la Chine, comme Russie et USA acceptent cet accord, est la vraie victoire de cette COP 18 : face à des régions telle l’Union Européenne réellement engagées dans la décarbonisation de la planète, et face aux 0,8° de réchauffement déjà constaté (face à la recrudescence des typhons et tsunamis meurtriers), ils craignent d’apparaître comme «celui par qui l’échec arrive». 

Enfin, le fait que la France, un des pays le plus actif dans ce marathon vert, s’apprête à héberger la COP 19 en 2015, est d’excellente augure pour la signature du prochain traité ! 

Avez-vous aimé cet article ?
Note des lecteurs:
0/5
10 de Votes
Ecrire un commentaire