Depuis son adoubement le 14 novembre, pas un jour ne se passe sans un discours, une action de Xi Jinping (nouveau n°1), présent sur tous les fronts : un dossier par jour pour rebattre les cartes, imposer une rupture, un style martelé à coup d’images fortes. À propos de la mer de Chine (qui bouillonne de tension), il révèle le 5 décembre à 16 experts étrangers que son pays ne « menace en aucun cas » ses voisins. En marge de la conférence COP 18 de Doha contre le réchauffement climatique, il fait annoncer 56 milliards de $ de crédits d’ici 2015, pour dépolluer l’air des métropoles et atteindre dans Pékin, une réduction de 30%.
Surtout, il s’attaque au style de vie dissolue des cadres du Parti. Un meeting du Bureau Politique édicte une série d’interdictions : finis les tapis rouges déroulés aux cadres en mission, les fillettes à bouquets, les discours creux…
Le 4 décembre (30ème anniversaire de la Constitution), Xi affiche l’objectif : « qu’une immense majorité, désormais croie en la loi ». Et le 5 décembre (jour de l’Etat de Droit), il fait libérer (au moins) 1000 pétitionnaires enfermés à Pékin en centres de détention « au noir ».
Xi adjure ses concitoyens d’« éviter les conflits idéologiques ». Là, il pense à Bo Xilai, pour qui l’épilogue approche. D’ailleurs, comme une promesse de ne pas le couvrir davantage, la presse s’étend sur la tyrannie vestimentaire de Wang Lijun, son chef de police (qui se réservait le port d’un certain ton de gris, jugé plus élégant, et la bannissait chez ses hommes). C’est dans l’air du temps: de multiples affaires de corruption, de débauche éclatent, entraînant la chute d’un vice-maire de Shenzhen, d’un vice-Secrétaire du Sichuan, d’un haut cadre de Chongqing…
À présent, Xi veut tourner la page et convaincre l’opinion que les choses vont changer. Mais peut-il réussir ? Difficile, car la Chine n’a plus confiance. En 2002, parlant d’« investir moins dans le luxe, plus dans les masses », Hu Jintao lui-même avait prétendu interdire la construction du QG pékinois de prestige de la CCTV à 760 millions de $, et brider les TGV à 200km/h. Pour finalement, laisser la CCTV bâtir sa tour à 1,2 milliards de $, le ministère ferroviaire lancer ses TGV à 300km/h – et tous s’enrichir sur le dos du peuple !
Enfin, malgré tout, la base peut apprécier le changement de ton par rapport au règne de Hu (surnommé sur internet tête de bois -木面, mù miàn). À tout le moins, Xi apparaît prêt au changement.
Il ne perd pas non plus de temps pour se lancer à l’assaut du contrôle de l’APL (une des clés probables de la victoire sur la corruption, voire du règlement de la crise maritime internationale) : trois jours après son arrivée à la tête de la Commission Militaire Centrale, il nomme « son » premier général à 5 étoiles, Wei Fenghe, le commandant en chef des forces balistiques…tout en avertissant les forces de se tenir « prêtes au combat » !
Dans cette opération «sourires tous azimuts », les autres leaders ne sont pas en reste : Li Keqiang, 1er ministre, Wang Qishan, chef de la Commission de Discipline répètent inlassablement le mantra de la « réforme », exhortant à l’efficacité, à la transparence. Li Keqiang annonce une meilleure loi de compensation des expropriations (on parle de décupler le dédommagement à 1000¥ par m²). Il promet aussi, haut et fort, la modernisation du permis de résidence, un «serpent de mer » des dernières années – héritage maoïste qui génère deux classes de citoyens dans les grandes villes.
Notons, en ce concert de « printemps en hiver », la voix des futuribles, espoirs montés au Bureau Politique afin de diriger dès 2022, l’équipe de leaders de 6ème génération :
– À Canton, Hu Chunhua (pressenti n°1) s’apprête à imposer l’obligation de déclaration publique de revenus à tout cadre promu, à compter du 1er janvier 2013.
– À Chongqing, Sun Zhengcai (pressenti 1er ministre) démantèle, d’ici fin décembre, les fautes et abus de Bo Xilai.
A peine en place au sommet parmi leurs pairs, ces jeunes piaffent et hennissent, anxieux de faire leurs preuves et de prouver leur capacité à changer la Chine !
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Jean
10 décembre 2012 à 03:25C’est vivant, c’est rapide, c’est bref, c’est un vrai reportage à la Léon Zitrone lors du Grand Prix d’Ascot. On piaffe et on hennit en attendant le reportage suivant. Vite!
Bachelet
10 décembre 2012 à 14:06Peut-on se lasser de lire ces textes tellement documentés et animés. Un seul mot « keep up » pour notre plaisir, sans oublier notre culture, pauvre par définition