Avec 57 titres brillants et « hallucinés » comme « Le Clan du sorgho », Mo Yan (莫言) meilleur romancier de Chine, était le choix du jury Nobel pour son Prix 2012 de littérature.
Le 06/12, Mo Yan était à Stockholm pour recevoir son prix : grande affaire, qui le força à apprendre à valser et à emporter une garde-robe allant du frac au costume Mao. Pour la remise, c’est la tenue de la styliste Chen Bei qu’il arbora, avec chemise imprimée des idéogrammes de son nom de plume.
Lors de la conférence de presse qui suivit, Mo Yan resta « politiquement correct » – discours digne d’un véritable porte-parole du régime. « Mo Yan », qui signifie « tenir sa langue », semblait alors trahir la promesse qu’il avait faite 30 ans plus tôt, de justement « ne jamais la tenir » !
En effet, à Stockholm, il déclarait que « la censure est un mal nécessaire, aussi utile que les contrôles de sécurité à l’aéroport ». De même, il refusa indirectement de soutenir l’appel de 134 autres Nobel pour la libération de Liu Xiaobo, son compatriote et autre Nobel, en prison depuis 2009 pour délit d’opinion.
Mo Yan s’était sans doute engagé auprès des autorités. Mais peut-être doit-il encore, tout comme son gouvernement, apprendre à assumer les responsabilités de sa gloire nouvelle et les attentes que le monde porte désormais sur lui. Au final, il botta en touche, revendiquant son héritage, culture et gènes : « Mon père dit toujours que Mo Yan est fils de paysan – être prix Nobel n’y changera rien ! ».
Sommaire N° 39