Editorial : Une nuit à l’Opéra (ou « le retour de Jiang Zemin »)

Le 29/09 à Pékin, la représentation de l’Opéra National grouillait d’agents en civil : en loge présidentielle, invisible de la salle, un couple exclusif était de passage, Jiang Zemin et Madame. Pour l’ex-leader national, à 86 ans, c’était moins pour revoir ce complexe dont il était le «père» (l’ayant fait bâtir), que pour confirmer son influence comme politicien décisif.
La veille, en infraction à la Constitution, Jiang assistait à la session du Politburo qui expulsait Bo Xilai du Parti et le déférait à la justice. Tournant historique : après 10 mois, Jiang cessait de protéger Bo (comme il l’avait fait durant toute sa carrière, par devoir envers son père). Recul mystérieux : Jiang a des pouvoirs manifestes sur Hu Jintao, l’ayant privé dès 2002 de majorité au Comité Permanent et bloquant depuis toute velléité de réforme politique.
Pourquoi ce revirement ? Des trois explications qui courent, deux semblent faibles : l’une évoquant la colère du vieux maître envers un protégé en train de compromettre par ses manœuvres son scénario de succession ; l’autre mettant en avant le souci «responsable» de restaurer une image du régime ternie par l’affaire.
Reste la 3ème grille de lecture : un compromis au cours des palabres furieux entre les deux blocs face à face, Ligue de la Jeunesse (Tuanpai) pour Hu, « Gang des petits princes » (Taizibang) pour Jiang. Un nombre de dossiers restent à trancher, entre ces deux hommes qui n’ont jamais entre eux vu s’apaiser la rivalité :
– Quel nombre de membres au Comité Permanent, 7 ou 9 (décision prise à Beidaihe cet été, mais défaite ensuite) ?
– Hu gardera-t-il deux ans son poste de Président de la Commission Militaire Centrale et patron de l’Armée Populaire de Libération (APL) ? Et à quelle condition ?
– Quelle sanction pour Bo Xilai, étant entendu que son véritable « crime » imputé, quoique gravissime, reste dans l’ombre (avoir envisagé de prendre le pouvoir avec l’aide de la police armée et/ou de l’ex-région militaire de son père, le Yunnan). Le sort de Bo sera fixé en procès sans doute éclair, comme ceux de Gu Kailai et de Wang Lijun, avant le Congrès qui débutera le 8 novembre 2012.
– Et quelles « troupes » pour Hu, pour Jiang, au sein des organes de direction ?
Tous les cas de figure sont ouverts. Par exemple, les deux ans de prolongation que revendique Hu à la tête de l’APL, pourraient se monnayer une voix au Comité Permanent.
Jiang serait assuré de Wang Qishan, Zhang Dejiang (vice-1ers) et Yu Zhensheng, boss de Shanghai.
Hu place Li Keqiang (futur 1er ministre), Li Yuanchao, chef du département de l’organisation, et Wang Yang (cf p3). Ainsi, dans un Comité Permanent à 7, Xi Jinping le futur leader, qui est plutôt du côté de Jiang, n’aurait aucun homme à lui, mais des « amitiés » des deux bords.
Dans ce climat de négociations tendues, on voit passer des noms et des CV de cadres, surtout de la Tuanpai, en quête de montée au Politburo :
Wang Min, Secrétaire du Liaoning, brigue sa place à l’ancienneté (62 ans), et suite au quadruplement en 10 ans du PIB dans sa province, à 2200 milliards de ¥.
Liu Qibao, secrétaire du Sichuan vise la même position, au nom d’un PIB local égal (2000 milliards de ¥), et de la gloire d’avoir été sacré, à 59 ans, meilleur écrivain des secrétaires provinciaux. Le séisme de 2008 fut pour lui un « don du ciel », l’assurant de la part du lion dans les 600 milliards $ du stimulus qui suivit en 2008. Mais dans un style bien chinois, Liu, s’il passe au Politburo (comme chef de la propagande), resterait dans l’ombre, sous son protecteur Liu Yunshan, le tenant du titre (qui monterait au Comité Permanent).
– Enfin et surtout, Sun Zhengcai, éternel fort en thème, attend son heure, à 52 ans. Docteur en agronomie à 37 ans, il était ministre (de l’Agriculture) à 46 ans et secrétaire du Jilin à 49 ans. On l’appelle « Mr 14% », d’après la croissance du PIB local l’an dernier. Anglophone parfait (un an en Angleterre), apparemment surdoué dans le règlement des problèmes, il serait en bonne place pour succéder comme 1er ministre à Li Keqiang en 2022. Un homme à marquer dans les tablettes !

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