Entre Chine et Algérie, de tous temps, les relations ont été cordiales – Pékin intéressée par les hydrocarbures du pays maghrébin, et Alger par une coopération enfin libérée des temps néocoloniaux. En Algérie depuis les années ‘80, les groupes chinois y décrochent de nombreux marchés, notamment en grands projets d’infrastructures.
Mais ces temps-ci, le torchon brûle. Huawei et ZTE, les géants des télécoms, viennent d’être exclus des marchés publics algériens pour 2 ans pour « corruption et trafic d’influence » par décision (06/06) d’un pôle judiciaire spécialisé du tribunal d’Alger.
Mohamed Boukhari, ex-conseiller du PDG d’Algérie Télécom et Chani Medjdoub, sulfureux homme d’affaires et lobbyiste algéro-luxembourgeois, sont condamnés à 18 ans ferme et 50.000€ d’amende pour bakchichs touchés de 2003 à 2006 au Luxembourg, sur des contrats d’équipement octroyés par Algérie Telecom aux groupes chinois. Sont aussi reprochés des «transactions douteuses» et du « blanchiment d’argent ». Trois cadres chinois de ZTE-Algérie et Huawei-Algérie, en fuite, prennent 10 ans de prison par contumace – sous mandats d’arrêt internationaux.
L’Algérie n’est pas seule concernée. La presse locale dénonce les largesses occultes des télécoms chinois à travers les autres continents.
En Autriche, 6 millions d’€ soupçonnés chez Huawei en 2011, pour un chantier portant sur le décuple. En mars aux Philippines, Gloria Arroyo, l’ex-présidente (2001-2010) est arrêtée pour un contrat « validé » par elle en 2007, « gonflé » des 130 millions de $ d’origine à 330 millions de $. Discret mais efficace, son mari aurait su trouver les « mots » qu’il fallait auprès des personnalités à convaincre, ayant touché pour cette tâche quelques millions $ de ZTE, il est aussi sous les verrous.
Alors que tombe le verdict sur l’affaire Algérie Telecom, l’Algérie attend le dénouement d’un autre scandale bien plus lourd, sur l’autoroute Est-Ouest. En 2006, deux tranches (sur 3) de l’axe stratégique Tunisie-Maroc (1.230 km) revenaient au consortium sino-chinois CITIC (groupe financier) CRCC (génie civil). Ce fut le chantier le plus grand d’Algérie, le plus cher d’Afrique, et le plus gros pot-de-vin de l’Histoire algérienne, avec 200 millions de $ évoqués.
En 1ère ligne, on retrouve Ch. Medjdoub. Adoubé par le consortium, il serait allé « négocier » directement avec le ministère algérien des Travaux publics, aidé d’un certain Pierre Falcone, pied-noir, ex-marchand d’armes, patron de BTP et investisseur en Chine dès 1988, qui disposait d’« entrées privilégiées » à Alger. Sur place, de bonnes sources n’hésitent pas à affirmer que les dés étaient pipés et l’appel d’offre international, pipeau : le contrat aurait été passé directement de gouvernement à gouvernement. CITIC-CRCC se dit outré, et « victime d’une campagne malveillante ».
La vraie question, sur ces affaires, semble être celle de leur impact sur l’avenir : vont-elles amener les deux pays vers plus de transparence et d’ouverture des marchés, au bénéfice du consommateur ? Sans doute pas (ne soyons pas angéliques). Mais Pékin pourrait avoir envie de moraliser les pratiques de ses groupes, pour soigner son image.
Sommaire N° 25-26