Dans son best-seller « Lost Horizon » (1933), J. Hilton imaginait la paradisiaque vallée de Shangri-La, avec vie éternelle à la clé, cachée quelque part dans les Himalayas. La Chine l’a transposée et matérialisée au nord du Yunnan. En 2001, un vote au Parlement dota la « Zhongdian » de l’époque (« domaine de la Chine »), du nom de Shangri-La , plus conforme à ses ambitions de promotion touristique.
Shangri-La, c’est une succession de paysages de rêve à 3200m d’altitude, sans pollution. Des lacs, tels le Bita ou le Napa sont restés inchangés, en des espaces si riches en biodiversité que la réserve nationale de Pudacuo (la plus grande du pays) compte 1300 km², 20% de la faune, 30% de sa flore et 100% de ses espèces menacées. La région ne manque pas de merveilles naturelles, tel l’ensemble de vasques de tuf à Baishuitai (photo), créées au fil des millénaires par écoulement d’eau calcaire. Le site est le berceau de la culture Naxi, une ethnie qui se partage le territoire avec les Yi et surtout les Tibétains (80% de la population).
Pas de Shangri-La sans monastère bouddhiste : au pied du mont Foping (« paix bouddhiste »), la ville abrite celui de Songzanlin, érigé dès 1679 sur un site choisi par le Dalaï-lama de l’époque. A son apogée, Songzanlin comptait 3000 moines : il n’en a plus que 700 aujourd’hui, mais reste le 6ème plus grand centre lamaïste du pays. Détail curieux, le sanctuaire serait hérétique, par son culte rendu (en plus de Bouddha et de son aréopage de saints) au Dieu Cerf Tchup’De. Instauré par le 5ème Dalaï-lama, ce culte est dénoncé par l’actuel, le 14ème : « Si vous croyez au Dieu Cerf, pas la peine de venir à moi ». . ’
A deux pas du sanctuaire se dresse l’hôtel « Songstsam Retreat », création d’un Tibétain qui fit carrière comme cameraman à la CCTV et profita de ses voyages pour acheter des dizaines de meubles anciens. Au tournant du siècle, il acquit et rénova une ferme en maison de charme (22 chambres), selon un concept si intéressant qu’un investisseur singapourien lui permit de créer un véritable hôtel (75 chambres), au management confié au groupe Accor. Les 110 employés sont presque tous autochtones, afin de soutenir la culture locale, pour le plaisir du voyageur curieux d’histoire et d’authenticité.
A 10 minutes en taxi, la ville de Shangri-La abrite 300.000 habitants apparemment point gênés par l’altitude. La vieille ville est curieusement bien conservée : les maisons sont de pierre au rez-de-chaussée (dédié aux commerces), et en bois à l’étage (logis). La bonne humeur de Shangri-La est contagieuse : chaque soir, les locaux se rassemblent pour une danse traditionnelle en rond, aux petits pas glissés et aux petits gestes de bras. Hans et touristes s’y joignent aussi…
Finalement, le paradis n’est pas de ce monde, mais il est des lieux plus doués que d’autres pour la gentillesse et la beauté : Shangri-La, parmi eux, sans aucun doute !
Sommaire N° 25-26