Automobile : En Chine, le luxe à 4 roues, en mode turbo

Avec sa croissance turbo depuis trois décennies, la Chine est le dernier vivier de clients pour les constructeurs auto.

La récession commence à mordre, ici comme ailleurs : frappées par l’abolition des primes aux petites cylindrées et par les quotas de plaques dans les grandes villes, les ventes n’ont progressé que de 2,5% en 2011, après 32% en 2010. Mais une niche résiste, magnifique : l’automobile de sport et de prestige. Ferrari, Maserati, Rolls-Royce et autres Lotus devraient négocier le virage 2012 en très légère perte de vitesse.

Dans l’empire du Milieu, flegmatiquement depuis trois ans, Bentley frise les 50% de croissance, passant en 2009 de 500 ventes à 1.800 en 2011, au prix de 300.000 à 600.000$ l’unité. Pour la première fois l’an passé – comme chez le compatriote Rolls-Royce – la Chine est passée 1er marché mondial devant les USA : « les Chinois sont très attirés par le raffinement, l’artisanat et la beauté », explique le constructeur… allemand – car Bentley est une filiale de Volkswagen, comme Rolls de BMW.

À l’écurie Lamborghini par contre, on sent une baisse de régime, après la furia de 2011, à +70% (340 véhicules vendus), la marque romagnole n’envisageait plus que « 20 à 30% » de croissance en 2012, et même «plus près de 20 que de 30», prédit J. Page, chef du marketing, tout en interprétant : « la baisse de croissance du PNB exerce un effet mental sur les gens ».

Si l’on rentre dans le fantasme automobile chinois, Ferrari détient la palme. En 2011 à 500 unités (à près d’1million de $ l’unité), ses ventes haussaient de 75%. La firme vient de fêter ses 20 ans de Chine: elle a souffert une petite panne d’image pour avoir voulu trop en faire. Ayant préparé un modèle spécial Chine, elle l’a présenté début mai, en un rodéo échevelé … sur les remparts de Nankin. Mais adorée des « fans », ce genre d’insolence fait grincer des dents les « patriotes » qui voient dans leurs monuments l’âme du pays. Pire, sur la brique classée- Unesco, le bolide laissa des traces de gomme brûlée, que des bloggeurs dénoncèrent en photo le lendemain. Peu après, Ferrari aggrava son cas, étant contrainte à rappeler 56 modèles pour défaut d’arbre de transmission. Puis la coupe déborda le 09/06 à 14h, quand 34 Ferrari, sans même se cacher, se livrèrent à un rallye à près de 200km/h sur l’autoroute Hangzhou-Shanghai. Incapable de les rattraper, la police humiliée en fut quitte pour faire alpaguer au péage d’arrivée, et lourdement taxer les 8 plus lambines.

Certains journalistes locaux, «mauvaises langues», accusent la marque au cheval cabré d’avoir orchestré tout cela pour faire parler d’elle : elle n’en a pas vraiment besoin, jouissant de la pub gratuite que lui donnent les diffusions des courses de F1 à la TV et d’un mini-blog Weibo extrêmement couru, avec 318.000 fans abonnés (le triple de Lamborghini et quintuple de Maserati).

Il faut plutôt voir dans cette apparition de la voiture de sport en Chine la cristallisation d’une contradiction sociale : la fierté du propriétaire jeune et riche (35 ans en moyenne, chez Ferrari) qui s’oppose à l’amertume du nouveau prolétaire. Avec un écart riches/pauvres qui se creuse (le coefficient de Gini qui définit ce fossé social, est passé en 12 ans de 0,41, « endurable », à plus de 0,50 en 2012, dans la zone rouge), cet étalage irrespectueux de bling-bling nourrit l’instabilité, à quelques mois d’une passation du pouvoir.

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