« Embellie dans le secteur non industriel», claironne la presse.
En juin, l’immobilier à Pékin, voit ses prix monter de 2,29%, et les ventes de 10,5% à 25.600 logements. L’indice PMI de la construction (celui des commandes du mois par les patrons du secteur décrivant leur confiance dans leur marché) atteint 58,2 en juin, son meilleur score en 19 mois (au-delà de 50 points, le marché est en hausse). Bonne nouvelle, pour un marché qui génère 11% du PIB et même le double en comptant le mobilier, l’électronique… qui en dépendent. Ce regain est dû aux efforts d’une trentaine de villes, telle Yangzhou (Jiangsu) qui offre 0,6% de prime à l’achat de logis meublé. Pékin laisse faire, comme un moindre mal – espérant pouvoir faire l’économie d’un plan de stimulus.
Mais pas de mystère : l’industrie elle, recule, sous le boutoir de la crise, la panne de l’Europe. La Corée du Sud prévoit la perte en 2012 de la moitié de sa hausse des exports, de 6,7 à 3,5%. Frappé, le PMI industriel chute en juin, à 50,2 contre 50,4 en mai, voire selon HSBC (plus plausible !) à 48,1. C’est le 8ème mois de chute de suite.
Les consortia publics voient en juin leurs profits baisser de 5,3% sur mai (après 2,2% sur avril).
À la veille des JO de Londres, un exemple parlant est l’habit sportif, marché de 19 milliards de $, qui n’en finit pas d’écouler son inventaire 2011, même avec des rabais jusqu’à 50%. Finies les 10 ouvertures de magasins par jour (11.000 boutiques ouvertes depuis 2008) : les experts s’attendent à voir les 20 leaders passer à 5 ou 6. Les ténors nationaux Li Ning (7,2% du marché) et Anta (7,1%) devraient sauver leur tête.
Autre dragon que l’Etat doit affronter cet été : l’endettement des provinces dû à la poigne d’un Etat déterminé à prévenir l’éclatement de la bulle du foncier.
Fin 2010, les provinces doivent aux banques 10.700 milliards de ¥ fin 2010 – conséquence d’années de fuite en avant dans des infrastructures inutiles et de prestige, et de la disparition, depuis 18 mois, de la ressource des ventes de terrain aux promoteurs.
Un des remèdes, dès mai, a consisté pour Pékin à autoriser, pour 23 milliards $, de projets gros consommateurs d’acier (les aciéries sont souvent propriété des provinces), un autre, à relâcher le crédit, et à en en baisser le coût : c’est d’ailleurs à quoi s’emploie la Banque centrale, le 6/07, en entaillant le taux d’intérêt, pour la 2de fois en 30 jours : désormais, les banques peuvent prêter à 4,2%, un bon marché plus connu depuis des années. Mais la tutelle des banques, CBRC (China Banking Regulatory Commission), avertit qu’elle compte limiter les prêts aux régions. En effet, aujourd’hui, avec 60% des revenus locaux obtenus hors taxation, une bonne part de ceux-ci proviennent toujours… de l’emprunt, alourdissant l’ardoise !
Pour autant, la Banque centrale signale qu’elle poursuivra cet été sa « prudence financière » et ses « réformes clé » de dérégulation du crédit : les baisses du taux, ne sont pas finies!
Enfin une mesure radicalement nouvelle est la création annoncée de la zone financière de Qianhai, à Shenzhen, sous un investissement global de 45 milliards de $ pour en faire une mini City en Chine, en concurrence avec Hong Kong ou Londres. Elle permettra un volume limité de change du yuan selon la loi de l’offre et de la demande, par des comptes capitaux privés.
C’est un signal à Canton, à Hong Kong, au monde, que le pays avance vers la libre convertibilité. Il s’agit peut-être aussi de soutenir le personnage le plus libéral de la scène politique chinoise : Wang Yang, patron de Canton, soudainement étoile montante du Parti, une fois dégagé le rival Bo Xilai.
Sommaire N° 25-26