Les premières décennies de la République de 49 avaient beaucoup donné aux femmes : les plus récentes leur ont en partie repris.
Mao avait milité pour plus de femmes aux mannettes, mais 60 ans plus tard, elles n’occupent que 17% des postes de leadership. Et si, au Parlement, elles tiennent 21% des sièges, au Comité Central, elles ne sont que 7,6%, et une sur 25 au Bureau politique, avec Liu Yandong (notre photo).
Pourtant, la femme est très présente dans l’économie, avec 46% de la population active (taux proche de la France), permettant de faire passer sa part des salaires dans le couple, de 20% en 1950 à 40% en 2004. Dans la fonction publique, les femmes assurent officiellement 42,5% des effectifs. Mais les chiffres trompent, car elles sont peu présentes au sommet.
Quoique moins nombreuses à l’école, suite à l’avortement sélectif, elles y réussissent mieux que les garçons, se retrouvant à l’université 1,07 pour 1 garçon en 2007. Elles le font, en surcompensant un favoritisme machiste universel – le fameux « petit empereur » passant le plus souvent devant la fille dans les priorités de la famille.
Le paradoxe est là. Selon un rapport sur le « leadership féminin en Asie » par la Lee Kuan Yew School (Singapour) et la Asia Society (New York), 53% de ces actives ne s’élèvent jamais, et elles ne le doivent en fait qu’à elles-mêmes, en renonçant aux avancements qui leur sont proposés.
La compétence n’est pas en cause : seuls 24% des employeurs rapportent un problème de ce type contre 80% au Japon. Simplement, dit la doctorante à Tsinghua, L.H. Fincher, elles estiment devoir tenir profil bas pour garder leurs chances de fonder une famille, et d’éviter le divorce d’un mari jaloux de leurs succès, ou mécontent d’une maison sans femme pour la tenir. De même, il n’est pas rare en Chine de voir des femmes puiser dans leurs épargnes pour aider le compagnon à acquérir un bien, enregistré sous son nom à lui. En 2005, 86% des propriétés étaient détenues par des hommes. De la sorte, durant la course à la « plus grande accumulation de richesse immobilière dans l’histoire humaine », en cours en Chine, la femme s’est départie d’un atout décisif.
Voilà pourquoi, selon I. Natividad, actuelle Présidente du Sommet mondial de la femme, les Chinoises possèdent 20% des entreprises contre une moyenne mondiale de 30% – et encore, des PME plutôt que des groupes. Avec malgré tout de belles exceptions, telles ces 7 chinoises milliardaires en US$ identifiées par Forbes, sur les 14 que compte la planète.
Reste le noyau du problème chez la jeunesse chinoise, comparée à celle de l’Ouest : une immaturité, généralement attribuée à la pédagogie (l’absence de) dans l’école chinoise. Visible chez les filles, elle peut être à la base de cette difficulté à accepter les promotions auxquelles elle aurait droit. ‘ Par chance en ce pays en ébullition, les mentalités changent vite. Les années 80 ont vu naître les 1ères générations plus libres. Aujourd’hui trentenaires, ce sont elles qui, dans les années à venir, vont devoir casser le carcan des traditions. Un bon présage existe dans la classe politique, avec Liu Yandong, pressentie pour entrer en octobre à l’organe suprême du Comité permanent, 1ère femme à le faire – sous réserve d’inventaire !
Sommaire N° 18