De grands efforts de dialogue ont lieu entre Pékin, Tokyo et Séoul. La Chine semble être l’acteur n°1 : par besoin de contrer les USA et leur nouvelle politique en Asie du Sud-Est, avec la base de Marines tout juste ouverte à Darwin (Australie).
Les 15-16/05, Hangzhou (Zhejiang) recevait le 1er sommet maritime Chine-Japon, entre diplomates, stratèges militaires et experts des transports pour débattre du différend territorial sur les îles Diaoyu/Senkaku. Proposée par la Chine en décembre, la rencontre avait la sagesse de ne pas viser d’accord, mais un dialogue franc, préventif de dérapages futurs.
Deux jours avant, à Pékin, la 5ème trilatérale entre les 1ers ministres Wen et Noda (Chine, Japon), et le Président sud-coréen Lee Myung-bak fixait pour 2012 le début des négociations vers un accord de libre échange (ALE). Ce lien entre géants industriels, pesant 690MM$ en 2011, 70% du PIB régional et 19,7% du mondial, est la réponse pékinoise au « partenariat transpacifique » (PTP) visé par Washington, qui exclurait Pékin et Séoul. Tokyo est inclus mais s’inquiète d’un traité qui forcerait l’ouverture de son marché agricole ou de son assurance santé. Xinhua voit Séoul profiter le plus de cet ALE, avec un gain de PIB de 3,1% contre 2,9% à la Chine et seulement 0,5% au Japon.
Etape obligée vers l’ALE, les trois pays ont signé un accord de protection des investissements, même en cas de conflit – la confiance règne ! En ce projet, la Chine a l’avantage du poids, 1er partenaire du Japon et de la Corée, quand eux n’arrivent qu’en 4ème et 6ème positions chez elle. Wen a proposé d’ouvrir une zone pour des expériences préparatoires au Shandong.
Mais face à ces espoirs, restent les méfiances. Les débats « pré-ALE » traînent depuis 2007, sans percée malgré 13 rencontres. Corée et Japon craignent pour leur pêche et leur agriculture, et la Chine pour ses industries high-tech.
Fâché que Tokyo reçoive le Congrès mondial ouïghour, Hu Jintao n’a pas eu le temps de voir Noda, mais bien celui de voir Lee. Tandis que les Sud-Coréens tentent sans cesse d’aider leurs frères nordistes réfugiés en Chine, qui les renvoie chez eux. Or, fait notable, les trois pays ont « oublié » dans leur communiqué final de placer un point sur la Corée du Nord… En somme, cet ALE, quoique probablement plus utile que le Partenariat transpacifique (PTP), a moins de chance de voir le jour – à court terme du moins.
NB : Aux Philippines, Pékin souffle le chaud et le froid. Il restreint les liaisons aériennes avec Manille et détruit une partie de ses importations de bananes (pour cause d’« insectes »). Les industriels philippins (souvent de la diaspora chinoise) préviennent : « les Philippines ont plus à perdre que la Chine ». Ainsi, les deux pays réduisent leur rhétorique belliqueuse et s’engagent secrètement à retenir leurs flottes. Au fond, comme Tokyo et Séoul, Manille réalise qu’elle ne peut se passer de son géant voisin, pour son bien-être, mais que celui-ci joue là-dessus pour faire pression sur elle, dans sa course à l’expansion maritime.
Sommaire N° 18