Pour Wen Jiabao, gérer l’économie devient une vraie quadrature du cercle. Comment insuffler une bouffée de croissance, sans relancer l’inflation péniblement redescendue à 4,2% en novembre, après un an d’étranglement du crédit ? 2012 s’engage mal. C’est Wen qui le dit, promettant (01/01) des « moments difficiles » dès le 1er trimestre. Les comptes sont vite faits. L’export « riche » vers l’Occident disparaît, celui «low cost» vers les pays en voie de développement aussi, concurrencé par l’Asie du Sud-Est.
L’immobilier baisse depuis 4 mois (-0,25% en décembre). Le foncier a perdu 16% en 2011, et le bâtiment perdrait 10% de ses ventes. La frilosité du marché se voit quand les villes redressent les salaires minima, 15,9% à Shenzhen (1500 ¥), 8,6% à Pékin (1160 ¥) : les PME toussent, ou ferment.
À ce rythme, la croissance qui faisait 9,7% il y a 12 mois, perdait 0,3% au 3ème trimestre, repassait dans les 8% au 4ème trimestre et devrait atteindre selon certains les 7,5% en mars 2012. Seule lueur d’espoir, l’indice des commandes industrielles a refranchi la barre de 50, à 50,3, suggérant une sortie de récession, mais cette petite hirondelle est encore loin de faire le printemps !
L’Etat fait ce qu’il peut, mais la passation de pouvoir en gestation prohibe toutes audaces et mesures nouvelles.
Une baisse de réserves des banques est pressentie d’ici le Chunjie, le nouvel an chinois. Des primes sont à l’étude pour mars : primes à l’équipement des locataires de logements sociaux, aux renouvellements de voitures, aux produits « verts »… Pas question cependant de relâcher le mors de l’immobilier. Priorité est donnée aux logements sociaux, dont 7M d’apparts sont programmés cette année -même si le financement manque, à charge de provinces surendettées, l’audit national relève 84 milliards de $ d’ « irrégularités » en 2010. A même époque, Wen Jiabao prédisait 1500 milliards $ en mauvaises dettes.
L’Etat rectifie donc ses priorités d’investissements étrangers. Un catalogue apparaît (29/12), relayant celui de 2007.
Parmi les secteurs encouragés figurent sans surprise la voiture électrique, certains services, les hydrocarbures complexes (gaz de schiste, sables bitumineux), l’internet haut débit, où le MIIT (Ministère des Industries et des technologies de l’Information) vise d’ici 2015 un débit de 4 MB/s en secteur rural, et 100 MB/s dans les grandes villes.
Le principal « découragé » est l’automobile, qui perd sa détaxe à l’import d’équipements. C’est pour prendre en compte le suréquipement déjà visible (l’an dernier, les ventes nationales n’ont progressé que de 5,3%, beaucoup moins que les investissements des constructeurs), et pour tenter de protéger les marques nationales qui ne détiennent que 30% du marché…
Dans ce contexte, surgit l’outsider Renault, qui tente une nouvelle fois d’entrer sur ce marché où il n’est présent que via Nissan, sa filiale à 44%. Selon une fuite dans la presse chinoise, il aurait obtenu son ticket d’entrée, mais pas à Shenzhen comme il espérait, ni dans une usine propre : à Wuhan, dans un bâtiment de la JV Dongfeng Nissan. A deux blocs de l’autre JV de Dongfeng, PSA.
Honda, installé à Canton, aurait fait pression pour empêcher un concurrent de venir sur son juteux marché du sud. Entre Renault-Nissan et Dongfeng, l’accord viendrait d’être conclu, pour annonce imminente. Avec sans doute, une chaîne de voitures électriques. Il ferait bien de se presser car la même rumeur informée poursuit : après le gong du 30/01, pour toute implantation automobile nouvelle en Chine, rien n’ira plus.
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