Diplomatie : Chine et Japon — Embellie monétaire ou partage commercial du monde ?

Le 27/12 à Pékin, la visite du 1er ministre japonais Y. Noda s’acheva sur un accord monétaire innovant et fort inattendu, vu la fraîcheur passée des relations. Tokyo s’engagea à émettre des obligations en yuan sur le continent, pour les besoins de ses groupes. 

Il promit aussi d’acheter 10MM$ de bons du trésor chinois. Opérations destinées à renforcer la « monnaie du peuple » comme devise, accélérer son passage à la libre convertibilité et affranchir les deux pays de l’usage du dollar, et des frais de conversion qui vont avec, grevant 60% de leur commerce bilatéral (340 MM$ en 2010) et l’exposant aux risques de fluctuation erratique des taux de change.

Ces actions alimentent la rumeur qui court depuis des mois, d’un rapprochement entre ces titans d’Extrême-Orient. Telle embellie pourtant, ne va pas de soi. Six ans plus tôt, J. Koizumi, l’ombrageux 1er ministre de l’époque, causait l’orage en répétant ses visites au sanctuaire de Yasukuni, où reposent des criminels de guerre. En 2011 encore, Tokyo adhérait aux nouvelles alliances, militaire et commerciale Pacifique, initiées par B. Obama, visant (même s’il s’en défend) à contenir la Chine. 

Depuis 2010 par ailleurs, un rapprochement énergique est constaté entre Japon et Inde, comme pour s’ouvrir mutuellement un front d’investissements faisant l’impasse sur ce pays qui inquiète… Pékin d’ailleurs, par voie de presse, ne se gêne pas pour dénoncer chez ses voisins ce qu’un professeur appelle « stratégie de contention ». à cette lumière, la visite de Noda et les accords passés à Pékin sont interprétés par les uns comme signe de courage lucide de reconnaissance des réalités (l’avenir du Japon passe d’abord par la Chine), et par les autres comme une « ficelle » pour donner le change. 

Le geste est timide, sans échéancier pour lancer ces achats nippons de yuan. Mais sous l’angle commercial, il est très sensé. Pour Pékin, ouvrir au Japon un robinet à RMB, aujourd’hui bloqués par la méfiance des opérateurs chinois envers les circuits financiers socialistes, c’est atteindre le consommateur nippon en mal de produits pas chers. Politiquement, une fois le yuan convertible, il pourra agir sur les flux monétaires mondiaux.
 Pour Tokyo, ses firmes vont obtenir du cash pour poursuivre leur déploiement en Chine, et par la réévaluation du yuan (jusqu’à 40% en valeur actuelle), la consommation chinoise explosera – y compris en produits nippons, ce qui aidera le Japon à compenser la perte des marchés euro-américains affaiblis. D’ici 10 ans, entre ces deux-là, on pourrait aboutir à un « partage commercial du monde ».

Pour la Chine, l’entente avec Tokyo est le plus sûr moyen de mettre en échec la stratégie américaine d’isolation – elle en a sans doute été l’élément déclencheur. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et la méfiance reste de mise. Après le redépart de Noda pour… New Delhi, quatre politiciens japonais nationalistes posaient pied sur les îles Senkaku-Diaoyu, soulevant des protestations indignées de l’Empire du Milieu. Le message est clair : des deux côtés, les faucons attendent, chez leurs adversaires pro-dialogue, le faux-pas pour jeter du sable dans l’engrenage de cette trop savante machine ! 

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