Politique : Bo Xilai, Wang Yang — Le parcours des combattants

Bo Xilai Regarde En Haut

Wang Yang et Bo Xilai sont de factions opposées—团派 tuanpai pour Wang (Ligue de la Jeunesse, base de pouvoir de Hu Jintao), 太子帮 taizibang pour Bo, le club des « petits princes » fils de la nomenklatura, dont vient aussi Xi Jinping,le futur Président.

En course pour le Comité Permanent en octobre, ces patrons respectifs du Guangdong et de Chongqing viennent de gagner chacun une bataille délicate, grâce au coup de pouce de leurs soutiens au coeur du pouvoir.

[1] En son fief de Chongqing, Bo arrache (14/12) l’amputation de 100 km d’une réserve aquatique sur le Yangtzé, et le feu vert au barrage de Xiaonanhai à 30 km de la ville, un chantier à 3,8MM$ et 1,75Gw de capacité. Envisagé depuis 1990, bloqué depuis 2009 par les ministères de l’environnement et de l’agriculture, le projet avoue bien des faiblesses :

– la perte de 46 km² de terres arables (gagne-pain de 400 000 paysans, qui seront déplacés),

–  un coût triple de celui des Trois-Gorges  à 2,144$ le kW de capacité installée,

– l’éradication de 189 espèces uniques de poissons, 60% de la faune du bassin. Mais que les 2 ministères aient levé leur véto et que les 30 membres  de la Commission du Conseil d’Etat aient voté à l’unanimité, en dit long sur l’aura de Bo Xilai, qui joue sur son image de « Mr Propre anti-Mafia», de gardien du temple post-maoïste, et de magicien de la croissance, ayant fait passer sa ville de n°5 à n°1 , avec 16,6% en 2011. A pu jouer aussi l’effet Fukushima : le programme nucléaire chinois est arrêté, et pour des raisons géotectoniques, Chongqing ne peut avoir de centrale. Bo a eu beau jeu de démontrer que pour sa mégapole de 35 millions d’âmes, Xiaonanhai n’avait pas d’alternative.

 [2]  à 900 km de là, à Canton, en décembre, Wang Yang se tire d’un guêpier, qui est à vrai dire le fruit d’un certain style de management social technocrate et contre-réformiste. Wang, en 2011, inventait l’indice du « bonheur provincial brut », mais il bloquait aussi une série de tests démocratiques à Shenzhen, anéantissant les espoirs de la ville soeur de Hong-Kong, de jouer au « laboratoire social » du pays.

Wang Yang

Depuis 20 ans à Wukan, bourgade de paysans-pêcheurs, le torchon brûlait : 660 ha de biens communaux étaient secrètement revendus par les leaders locaux (700M¥)  à des promoteurs HKgais. Prenant d’assaut la mairie en septembre, la populace découvrait les actes de vente, chassait ses cadres, se dotait de chefs. Ce qui n’empêchait pas Chen et Xie, les apparatchiks, de se faire « réélire » le 29/9 avec 80% des voix.
La police procéda à des arrestations, un leader mourut en détention. Alors, la situation explosa. 13 000 habitants se retranchèrent pendant 13 jours. Les insurgés déployèrent des banderoles « non à la dictature !» Enfin, s’arrachant à quatre mois de mutisme, Wang finit par désavouer ses cadres, libérer les détenus, rendre une partie des terres.

Aujourd’hui, il monte l’incident en «modèle de Wukan», vantant sa concertation douce, se défaussant sur la mairie pour toute responsabilité. Les experts ne doutent pas que Wang, «client» de Hu (tous deux natifs de l’Anhui) sera l’un des 9 nouveaux leaders nationaux… En somme, pour Wang comme pour Bo, missions réussies – plus par l’entregent, que par respect de l’environnement ou de l’Etat de droit !

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