Un débat passionné se poursuit à l’Assemblée Nationale Populaire sur l’avenir de l’environnement chinois, nourri de flamboyantes prises de position d’experts tel le ministre Zhou Shengxian. Le XII. Plan met la priorité sur l’environnement pour juguler une pollution confinant l’inacceptable, aggravée par un changement climatique vient frapper le pays -au nord, par les sécheresses d’hiver, au sud, par les crues d’été…
Ce Plan aspire à une rupture, pour forcer stratégiquement le tournant vers un style de vie à bas carbone — sans compromettre le doublement du PIB entre 2000 et 2020. Pourtant, la Chine n’a jamais tant consommé de charbon (3,25MMt). Aux réserves de 500MMt viennent de s’en rajouter 600Mt-Pékin vient d’annoncer un moratoire sur l’exploration, pour ne pas aggraver la montagne des excédents (400Mt)… Aussi, le Plan introduit quatre outils parfois inédits, qui resteront d’actualité pour des décennies :
[1] D’ici 2016, sept industries nouvelles, de l’énergie à l’IT et à l’environnement (isolation thermique, voitures électriques etc.) recevront primes, taxes allégées et aides technologiques. Sur 5 ans, 600MM$ seraient voués à ces secteurs.
[2] Un plafond national d’intensité énergétique (par % de PIB) est fixé de 16% en baisse globale et de 17% pour le charbon. Ce plafond déçoit par manque d’ambition, signe de la nécessité pour le niveau central, de composer avec les provinces, à moins de prêcher dans le désert. Mais l’effort «ordinaire» proposé, devrait aboutir à une baisse d’intensité de 40% en 2020 et non 45% comme visé au départ.
[3]Pour leurs promotions, les cadres à tous niveaux seront jugés sur leurs succès en coupe d’énergie et de polluants.
[4] Apparaît le système (expérimental) «bas carbone» de quotas d’émission de CO² et de bourses d’échanges des reliquats. 13 provinces ou villes volontaires (Hebei, Sichuan, Canton , Jiangxi…) s’y lanceront.
En même temps, se prépare une taxe de pollution, et les prix de l’eau et de l’énergie seront renchéris. D’où un défi sans précédent pour l’agriculture, 1ère gaspilleuse et 1er pollueur de l’eau. Mais selon A. Yang de Greenpeace Chine, «les détails seront plus intéressants que les objectifs». Des 10% de coupes en CO² du XI. Plan, dit Zhou, 2/3 furent atteints par progrès technologiques, 26% en fermant des usines dépassées, et seulement 8% en recyclage : on voit là la montée en puissance possible à l’avenir, en retraitement des eaux et des fumées de cheminées !
De même d’ici 2015, Zhou veut avoir parachevé le réseau d’alerte climatologique (stations au sol, satellites), pour intégrer leurs données au XII. Plan en temps réel, afin de renforcer son efficacité face aux intempéries.
Idem, après 10 ans de pratique environnementale, le régime semble prêt à se distancier d’un style politique autoritaire -par simple constat de son inefficacité. Ainsi, commentant ses « brownouts » sauvages de fin 2010, imposés sous 24h (méthode-gendarme) pour tenir le plan de 20% de baisse d’intensité, il promet d’éviter l’«erreur» à l’avenir, et encourage les provinces à passer aux «mécanismes de marché». Ou encore, dans son projet de tri des déchets, Pékin (-ville) renonce à son système d’amendes, et suivant les usagers, lui préfère des primes, et la concertation…
Restent les palabres mondiales de combat du changement climatique. La Chine campe pour l’heure sur sa ligne dure, refusant de bouger avant les USA, et quoique 1er pollueur, revendique la liberté de pollution illimitée sous un protocole de Kyoto renouvelé. Ce qui est inacceptable aux pays et groupes s’imposant des coupes contraignantes. Mais l’essentiel est ailleurs : dans la volonté chinoise démontrée de changer de modèle de croissance. Et Durban, site du forum mondial en décembre 2011, est encore loin…
Sommaire N° 9