Editorial : Pour une place au soleil, entrechats au Plenum

Dernièrement, en marge du Plenum de l’Assemblée Nationale Populaire (ANP) se succèdent des incidents en mer de Chine.

Le 29/02, Hanoi dénonce des exercices navals chinois tenus 5 jours plus tôt. Le 03/03, deux avions «Y-8» chinois de reconnaissance frôlent les îles Senkaku (Japon), revendiquées par Pékin sous le nom de Diaoyu—record historique de proximité à 55km. Le 02/03 dans les Spratley, 2 garde-côtes chinois stoppent un bateau d’exploration pétrolière affrété par les Philippines, ainsi contraintes d’annuler la mission. Enfin le 7/03, le destroyer japonais Samidare est survolé par un hélicoptère de l’APL à 70m. Enfin Tokyo déplore la mise en exploitation par la CNOOC d’un puits pétrolier en zone Chunxiao, qu’il conteste. Suite à ces incidents, Pékin n’a qu’une réponse : le rappel de ses “droits indiscutables” sur les zones concernées.

Pourtant, l’on voit mal ce que ces incidents peuvent rapporter à la Chine face à ses voisins, surtout de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est) dont elle recherche constamment la confiance, par expression de son «soft power». Avec l’ASEAN, le climat fut dégradé en 2010 par d’autres actions de force, ayant renforcé l’effort de réarmement chez les riverains et un rapprochement avec les Etats-Unis revenus dans la région après 10 ans de léthargie. Que se passe-t-il? Se succédant lors du «renda» (Plenum), ces incidents sibyllins semblent «à usage interne», avec multiples traductions possibles :

– l’Armée populaire de libération (APL) furieuse d’un budget de 2011 plus bas que celui de la sécurité civile?

– Une mouvance au Parti communiste chinois voulant démontrer sa fermeté, pour obtenir plus de sièges dans le prochain pouvoir?

Pour restaurer la relation avec le Japon, se tiendra à Kyoto le V. sommet sino-nippo-coréen des affaires étrangères entre les ministres Yang Jiechi, Kim Sung-Hwan et Takeaki Hatsumoto. Il aura lieu les 19-20/03, malgré le séisme de Sendai (force 8,9, 11/03). Peut-être le drame du 11/03 dans l’archipel nippon, par sa simultanéité avec celui du Yunnan (Yingjiang, 10/03 force 5,8) inspirera-t-il des progrès inédits depuis des ans par regain de solidarité?

Pendant ce temps, au Plénum, se multiplient les manoeuvres de préparatifs de la future équipe au pouvoir.

En 48h, Xi Jinping, futur n°1, aux délégués hongkongais, il leur reproche (5/03) d’inverser, dans leurs priorités politiques, les termes de l’équation «un pays, deux systèmes» mais il les félicite ensuite (7/03) de leurs succès et les invite à saisir l’occasion du XII. Plan pour s’enrichir plus encore en renforçant leur contribution à l’économie nationale.

Bo Xilai, le «prince» de Chongqing cultive son ascension murmurée au Comité Permanent, sans perdre une occasion de multiplier les professions de foi révolutionnaires : il appelle ses collègues élus «camarades», et déplore la dérive morale des jeunes d’aujourd’hui «à qui un séjour en usine ou en ferme d’Etat ne ferait aucun mal». C’est donc à une inversion d’image que Bo se livre par rapport à 15 ans plus tôt où il cultivait son air jeune et philo-Occidental !

L’heure est aux grandes déclarations de principe : le président de l’ANP Wu Bangguo rappelle que «jamais» la Chine n’adoptera une réforme politique à l’occidentale au risque de sombrer dans les désordres associés à ce type de démocratie. Dans les détails pourtant, suivent plus de nuances: Zhang Chunxian, gouverneur du Xinjiang réhabilite les compatriotes ouighours, «bons citoyens» et affirme vouloir retenir la leçon de la révolution du jasmin : assurer l’emploi et tenir en laisse les prix alimentaires et la corruption.

Suit enfin un débat populiste, constante de tous ces Plénum. Sur la question épineuse de la fin du hukou, permis de résidence discriminatoire, à la CCPPC, Chi Fulin préconise que les villes petites et moyennes aient trois ans pour fournir obligatoirement leur hukou aux nouveaux arrivants. Seul handicap à ce généreux programme : les 80.000 à 100.000¥ à investir sur tout nouveau citadin pour lui conférer les droits des autres, ne figurent pas sur la photo. L’ANP démontrant ainsi qu’elle partage avec tous les parlements du monde le charmant péché d’être irréconciliée avec les chiffres !

 

 

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