Salaires, emplois, «hukou» (户口, permis de résidence) : trois maîtres mots du Plenum de 2011 où la paix sociale détrônera l’environnement, à la Une les années passées. Il s’agit de protéger le flux de l’exode rural (déjà 10M/an de travailleurs), nerf de la prospérité chinoise. Déjà 47% des Chinois vivent en ville, contre 20% 30 ans plus tôt. Mais l’État vise 60%, d’ici 2020, pour passer à un modèle urbain de type occidental. Par souci d’équité, mais aussi de stabilité sociale – pour maintenir la croissance. Une solution est claire : la hausse des salaires. L’agence britannique Hays confirme qu’en 2011, sur 5000 firmes étrangères, un tiers augmentera de 10%, et 51% de 6 à 10%. Mais dans des métropoles telles Shanghai ou Pékin, cette hausse ne fait que compenser l’inflation (4,9% en janvier).
Les plus fortes hausses salariales sont dans le Guangdong, gros employeur de paysans de l’intérieur : +21% au salaire minimum en 2010, +18% en 2011. C’est que la province compte un déficit permanent de 300 à 500.000 emplois. Jouet, textile, meuble (métiers les moins qualifiés) sont les plus touchés. En plus des salaires améliorés, les firmes investissent dans des dortoirs plus confortables, offrent l’Internet, des salles de jeux. Prennent un directeur ressources humaines pour recruter et gérer les carrières. Pour ces «usines du monde» condamnées à produire toujours plus afin d’être en état de faire passer dans les économies d’échelle les hausses tous azimuts (matières 1ères, salaires, environnement, taxes), le recrutement est un marche ou crève: celles incapables d’augmenter les salaires, ferment les portes.
C’est ainsi qu’à Wenzhou, 70% des PME sont exsangues. Et qu’à Pékin, des centaines de PME voient la mairie refuser (en sous-main) d’enregistrer leur faillite avant 2012. Curieusement, Shanghai tente au contraire de geler les salaires des cadres: c’est pour boucher les 10MM¥ du trou de sa sécurité sociale, qui la force à ne payer en pensions que 45% du dernier salaire au lieu de 64% ailleurs: la «tête du dragon» (surnom affectueux de Shanghai) grisonne, et sur 14M de citoyens légaux, compte déjà 3,2M de sexagénaires pour 1,5M de moins de 18 ans. Dans ce déficit, le fonds de pension souffre aussi probablement toujours des 4,8MM$ détournés en 2006 par Chen Liangyu, l’ex-roi de Shanghai condamné depuis à 18 ans fermes. Mais ce gel des salaires passera mal: selon l’Office statistique, 68% des actifs sont déjà mécontents de leur salaire (3566¥ en moyenne en 2009, les plus hauts du pays, dans la ville la plus chère), et 50% n’ont pas été augmentés depuis.
A la veille du Plenum, la presse tire à boulets rouges sur la discrimination du hukou. Aux 200M de migrants, ce statut discriminatoire permet aux employeurs de payer 1750¥/mois, soit 40% de moins qu’aux citadins. Ils gagnent même 10% de moins que les migrants d’il y a 10 ans. Selon le Syndicat Unique, trois ou quatre sont ouvriers, dont 15% sans contrat, 36,5% soumis à des températures excessives, 41% au bruit, 36% au danger mécanique et 35% à la poussière. Ils ne sont ni équipés, ni formés, et 30 à 34% d’entre eux n’ont pas d’assurance maladie ou d’accident du travail.
Depuis 2000, tous les plans des villes pour offrir aux migrants leur légalisation ont échoué, et la confiance est basse. Raison de l’impasse: en aides sociales et au logement, l’intégration souhaitée de 20M de migrants/an coûtera à la collectivité 80 à 100.000¥ par tête. Aussi faut-il s’attendre à de grands changements fiscaux après 2012, pour soutenir cette politique. Lu Mai, conseiller sur ce dossier auprès de l’État, estime à 20 ans le délai intangible pour abolir le système de hukou, changer les mentalités—et la vie !
Sommaire N° 7