Pol : Nouveau produit à l’export : la santé « made in China »

C’est une affaire qui marchera. Peut-être aussi une page vierge dans l’histoire de la santé. Menés par le prestigieux East Hospital et la SDRC (Shanghai Municipality Development & Reform Commission), les 20 meilleurs hôpitaux de Shanghai viennent de créer la SHMTPPP, (Shanghai Medical Tourism Products & Promotion Platform) 1ère agence de tourisme médical du pays. J. Yang son patron voit grand : dès 2012, il vise 200.000 malades étrangers en Chine, venus chercher des soins pour un montant moyen de 10.000$. Pour tenir le pari, la Chine part de Shanghai, sa base médicale d’excellence, et a monté cette officine qui réserve tout: avion, chirurgien, salle d’op, hôtel…

Le client-cible aussi a été soigneusement défini: la diaspora des têtes de pont de deux continents, Jakarta et Los Angeles, aux 3M de Chinois autochtones.

Cette opération vise à placer la Chine sur un marché où d’autres, comme Thaïlande et Corée, prospèrent déjà. Elle part de bas, manquant d’un tissu de contacts avec l’étranger: prix à payer pour 40 ans d’«ouverture» au monde plus faible que celle du reste de l’Asie. Mais elle peut compter sur quelques bons atouts: des hôpitaux refaits à neuf, équipés dernier cri, un personnel compétent et souvent dévoué, d’excellents services d’appoint -massages, acupuncture, médicaments chinois, sources chaudes etc.

L’atout n°1 sera sans doute le prix: à 130.000 aux USA, le pontage coronarien en coûte 10.500$ à Shanghai, et la greffe de moelle de 62.000$ au dixième du prix. Heureusement pour leur bonne image, la transplantation d’organes n’entre pas dans les services offerts.

Pour autant, le tourisme médical version chinoise n’est pas sans ombre. Le suivi de l’opération est impossible à assurer en Chine, quoique les cas de rejets et de complications soient nombreux. De même, les Chinois ne font pas preuve d’une confiance infinie en leur médecine, se déplaçant à 3000 l’an dernier vers Taiwan pour s’y soumettre à des check-up de pointe à 3000$.

Cette médecine offre 2 gammes distinctes de services.

[1] Les opérations classiques, à prix cassés;

[2] et celles encore au stade de la recherche clinique, donc interdites en Occident, telle la thérapie génique ou celle des tumeurs neurologiques. Des chirurgiens chinois, envoyés en échange en Europe ou aux USA, en retournent avec le savoir de ces techniques inabouties, et les offrent au risque du client et au prix fort. Là, on peut voir de rares demandeurs européens se tourner vers la Chine après avoir épuisé les recours de leur propre système de santé…

Enfin, cette santé à l’export s’adresse à un public limité : Amérique, Asie, Proche-Orient. Et pas les Européens de l’Ouest, qui n’en ont pas besoin, étant souvent couverts à 100% par leurs systèmes hospitaliers. Cela n’empêche pas, pour elle, l’offre d’un système de tourisme de cure, et de convalescence post-opératoire. Et pour la Chine, la perspective de conquérir sa part du marché mondial en blouse blanche..

 

 

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