A la loupe : La Chine en eaux troubles

En 2000, les experts qui sonnaient l’alarme sur la croissance urbaine au mépris de la gestion durable de l‘eau se voient donner raison. Rappelant que presque deux tiers des villes du pays consomment toujours plus qu’elles n’en disposent, Chen Lei, ministre des ressources en eau, s’apprête à plafonner d’ici 2015 la consommation à 620MMm3, soit -30% en 5 ans, par tranches de 10.000¥ de PIB généré.

Dans ce plan « de salut public », sept villes et provinces dont Pékin vont devoir se fixer d’ici mars des cotes d’alerte en volumes de consommation, en efficacité de l’usage et en degré de pollution. Leur respect ou non servira de critère d’évaluation du travail des maires, gouverneurs et secrétaires du Parti. Selon une méthode classique de l’administration socialiste (sur divers dossiers «chauds» tels pollution, planning etc), ces quotas seront subdivisés en cascade tout le long de la pyramide de pouvoir. Si une de ces « lignes rouges » est franchie, le leader local sera sanctionné sur le champ (dans le cas extrême), et à la fin de l’année, lors de l’octroi des points de carrière.

La manière dont marche ce robinet, a pu être constatée à l’automne, avec les consignes de coupes d’électricité pour atteindre l’objectif alors menacé, de baisse de 20% sur 5 ans. Partout en Chine les centrales ont moins fourni aux usines et aux villes, même sous climat glacial. Les usines ont réagi en se dotant de groupes électrogènes pour compenser le déficit, et honorer leurs contrats. Leur courant était plus sale et plus cher- mais ce n’était plus le problème de la ville qui elle, respectait son quota…

Ces mesures nouvelles pour l’eau, devraient être inscrites au « document central n°1 » des plus hautes priorités du pays, et applicables d’ici juin 2011.

On comprend qu’il y a urgence. Pour 20millions d’habitants, dit le maire Guo Jinlong, Pékin réclame 3,6MMm3 d’eau qu’elle n’a pas, et n’en reçoit que 3,05MM. Endémique depuis 12 ans, la sécheresse empire. A 97 jours secs au 30/01, on est partis pour battre le record de 1970 (114 jours). Dès 2003, Pékin a lancé le projet pharaonique du canal Sud-Nord, plus de 1000km pour alimenter le Fleuve Jaune du nord avec le Yangtzé du sud. Le projet à 60MM$ (Vdlc N°1/2003) aurait du déjà être opérationnel pour les tracés Est et Centre. Le tracé Ouest, le plus ambitieux (sur le plateau tibétain, entre 4 et 7000m d’altitude), ayant été remisé sine die faute de la technologie (même étrangère) pour le réaliser. Tout cela a déjà coûté 17.45MM$ et il reste encore 4 ans pour l’inauguration de la section médiane du canal, avec encore 330.000 riverains à reloger entre Hubei et Henan.

En attendant, on passe aux «plans B». Un nouveau réservoir va être construit en 2011 au Hebei -le 7ème pour la capitale. Un nouveau canal va être creusé en urgence, de 500km, jusqu’au Fleuve Jaune, pour en soutirer 300Mm3 /an —une ponction que les riverains du Shanxi et du Hebei vivent mal, non accompagnée de compensations, et alors que leur terre à eux se désertifie.

Même quand le grand Canal ouvrira, portant à Pékin 1MMm3/an, la mairie sait déjà que le compte n’y sera pas : il manquera encore 190Mm3. L’expert hydraulicien Wang Jian réitère ce vieil avertissement: «sauf à plafonner tout de suite la croissance de population et l’expansion urbaine, nous allons droit au mur». Message que peu sont disposés à entendre. Mais plus pour très longtemps, car des sons identiques émanent d’autres secteurs de l’environnement—la qualité de l’air, le recyclage des déchets : le non-durable arrive à son terme !

 

 

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