La découverte le 05/10 dans les flots du Mékong des corps sans vie de 13 matelots du Huaping et du Yuxing8, avait frappé la Chine de stupeur. Laquelle vira à la colère, quand il apparut que les neuf coupables appartenaient à l’armée thaïe, probablement compromis dans un trafic de drogue.
Le drame agit en révélateur, permettant de débloquer un vieil imbroglio. Du fait du refus chinois de siéger à la Mekong River Commission, le « Danube de l’Orient » était le havre des pirates birmans, thaïs et laotiens.
À présent, avec une Chine frappée au grand jour, on voit bien que rien ne sera plus comme avant dans la région. Bangkok préparait la cour martiale à ses hommes félons, et Pékin convoquait ses voisins pour négocier un accord quadripartite pour l’éradication du banditisme sur le fleuve. Le 31/10, un préaccord apparaissait. En plus d’un échange renforcé d’informations sur les gangs, et d’une prime aux familles de victimes (200 000 ¥/mort), probablement à charge de Bangkok, le trafic redémarrerait en décembre en convois, sous la protection de patrouilles chinoises. 600 membres de la police armée du Yunnan feraient la navette à bord de cinq cargos modifiés, équipés de hors-bords rapides.
Avantages : la sécurité de retour pour les 130 bâtiments de cette flottille, la baisse des coûts, l’explosion prévisible d’un cabotage qui valait 10 milliards de ¥ l’an passé, de la croissance, malgré la crise mondiale… Mais chez les riverains, le malaise est palpable. La souveraineté est en jeu, par cette « présence armée plus ou moins permanente » qui risque de faire du Mékong un « vecteur d’influence chinoise » selon C. Thayer, expert australien. Les chantiers chinois en Birmanie n’arrangent rien : pipelines stratégiques, base navale à Sittwe. La Chine n’a pas bonne presse chez ses voisins (cf VdlC n°33 de 2011 sur le barrage de Myitsone) : « Sur la patrouille chinoise, nous devons poursuivre les discussions entre les 4 pays » dit sobrement Titima Chaisang, la porte-parole du gouvernement thaï.
Le hasard veut qu’un autre incident maritime éclate le 6/11 : un chalutier chinois arraisonné par le Japon. L’affaire rappelle celle de 2010, face aux îles Diaoyu-Senkaku, d’un autre chalutier chinois surpris par les garde-côtes japonais dans ces eaux revendiquées par Pékin. La Chine exigea la libération de Zhan Qixiong, le capitaine, puis à son retour, lui déroula le « tapis rouge ». Mais, bien plus tard, une fois le tapis renroulé, Pékin interdisait au marin matamore de reprendre la mer, à vie.
Cette fois, pas d’esclandre : à mi-voix, Pékin se borne à réclamer un « règlement rapide ». Il faut dire que ce dernier incident a lieu au large de Nagasaki, en eaux nippones non contestées. Clairement, au-delà de ses affirmations nationalistes, la Chine est aussi demandeuse de bonnes relations avec le Japon, dont le 1er ministre, Y. Noda, vient à Pékin en décembre. Celui-ci, à l’évidence sur la même longueur d’onde, a fait libérer l’homme (09/11).
Conclusion : de ces deux dérapages contrôlés, on sent que la Chine se familiarise avec le droit maritime, tout en gérant plus sereinement ses relations avec ses voisins.
Sommaire N° 37