Hasard du calendrier, 2 affaires de contrefaçon chinoise tombent le 7/11, compromettant de prestigieux intérêts américains :
– Gaopeng, filiale de Groupon (USA, n°1 mondial de l’achat groupé, 20 milliards de $ d’actifs) est prise la « main dans le sac », ayant écoulé quelques centaines de fausses montres Tissot. Pour cette JV avec Tencent, c’est un coup dur, moins en terme financier que pour son image. Il compromet ses chances de rattraper le leader Lashou -Gaopeng n’est que 8ème national, après 9 mois de présence, d’efforts et de dépenses en Chine.
– Fort agacement au Sénat américain dont la commission militaire désigne plus d’1 million de pièces contrefaites dans les radars, chasseurs ou tanks engagés en Afghanistan depuis 2009—ce ne serait que le « sommet de l’iceberg ». Les plus grands noms de l’industrie kaki américaine sont impliqués, avec un risque triple : [1] mettre en danger des soldats par leur faible fiabilité, [2] priver l’industrie nationale de 7,5MM$/an de contrats, [3] affaiblir la sécurité – ces filières pouvant se doubler de réseaux d’espionnage.
Les sénateurs condamnent la Chine, source apparente de 90% des contrefaçons. Mais le dossier laisse apparaître une lourde responsabilité locale. Exemple, une PME américaine, Deals Direct , importait en 2005-2006 des équipements Cisco-China contrefaits. De même, Raytheon, L-3 Comminication. ou Boeing, avec des budgets tronqués, ont été peu regardants sur l’origine des éléments qu’ils montaient. Idem, Gaopeng, contraint d’offrir des « affaires irrésistibles» malgré sa faiblesse financière (10 bureaux fermés dès août), a été tenté de vendre des produits mal vérifiés.
Un jour plus tôt, le pouvoir chinois fêtait le succès de sa campagne « Dégainer le sabre » : dans 182 métropoles, pelleteuses et rouleaux-compresseurs écrasaient des monticules de cigarettes, alcools et médicaments frelatés, faux T-shirts. 25 millions de faux produits furent anéantis, fruit d’un an de saisies.
L’image est forte et calculée, instrument de propagande, annonçant une tolérance zéro, à onze mois du XVIII. Congrès. Mais ici aussi, on voit passer le spectre de la récession. Évincées à l’export, des milliers de PME cherchent à survivre en se créant un marché sur place : au diable la qualité et la propriété intellectuelle ! Si ces copies avaient échappé à la saisie, elles auraient rapporté 18 milliards de ¥. Mais en « VO », le chiffre eût été de 500 milliards de ¥. Bien sûr, ce marché gris reste virtuel : l’acheteur de copies ne peut se payer du Lanvin ou du Vuitton. Il est surtout source d’inflation, c’est pour cela que l’Etat le traque. Justement, le 9/11, il ouvre un Bureau de répression du piratage intellectuel pour intensifier les contrôles dans 7 domaines industriels, et la coopération interrégionale.
La reprise en main touche aussi la finance. Le 9/11, un promoteur immobilier de Lishui (Zhejiang) est condamné à mort pour délit de banque grise, après avoir drainé, de 2003 à 2008, quelques 5,5 milliards de ¥ d’épargne, avec des taux d’intérêts jusqu’à 120%/mois. Il y a là le désir de faire un exemple, de « tuer la poule pour effrayer le renard », mais l’avocat Zhang Junsan dénonce un verdict permettant de masquer les manquements de la tutelle du secteur financier.
Quoiqu’il en coûte, l’Etat est déterminé à tuer l’hydre de l’inflation. Personne n’est à l’abri : même China Telecom et China Unicom vont être poursuivis pour abus de position dominante, avec même cette éventualité inimaginable hier, d’ouvrir le marché au secteur privé. Si grande est la peur de l’explosion d’une bulle chinoise, la Chine passe à l’action.
Sommaire N° 37