Le problème de la ville, pour l’ex-villageois privé du réseau d’entraide du village, c’est le choc d’un univers à pollutions multiples.
L’accueil du nouveau venu n’arrange rien : sa citoyenneté de 2nd rang, les services (logis, école, santé, SS) dont il est privé par son hukou, permis de résidence discriminant. Or, avec 10 à 20 millions de nouveaux urbains par an, la ville évolue dans un climat d’inégalité galopante. Sans tradition de soutien aux plus vulnérables, elle compte sur le comité de quartier pour régler les problèmes. Aussi, le travailleur social reste une rareté : à 1 pour 6500 habitants en Chine contre 1/500 à Hong Kong, et 1/350 aux USA. Jusqu’à hier, selon la thèse révolutionnaire, la gestion des citoyens était le monopole du Parti. C’est pourquoi les 200 000 travailleurs sociaux chinois sont à ce jour sous-qualifiés et sous-payés.
Pourtant, la défaillance de la ville envers celui (celle) qui coule, coûte cher, en terme de délinquance, fugue, stress…
Conscient de la bombe sociale que cela implique, pour la première fois dans son histoire, l’Etat saute le pas : le 8/11, le min. des Affaires civiles pense recruter 1,8 million d’aides sociaux d’ici 2015 et 3 millions pour 2020, impliquant des salaires et de la formation, aujourd’hui absents. Manquent aussi les ONG – employeurs peu aidés par le système.
Mais dans une Chine qui vieillit plus vite que son ombre (221 millions de plus de 60 ans d’ici 2015), cette décision était urgente à prendre : une fois accepté par le régime, le corps d’aides sociaux mettra 20 ans à se mettre en place.
Sommaire N° 37