La visite en Chine (05-08/11) de Nathalie Kosciusko-Morizet a été l’occasion précieuse de sonder les intentions de la Chine, à 20 jours du Sommet de l’ONU sur le réchauffement climatique, à Durban, du 28 /11 au 09/12 en Afrique du Sud. La ministre française de l’Ecologie en tire une prédiction digne de Salomon : « Durban, ce sera la renaissance, ou l’enterrement ».
Depuis 10 ans, l’ONU discute en vain un plan de coupe des émissions de CO2, en relai du protocole de Kyoto qui expire fin 2012. En 2009, au Cop 15 de Copenhague, le groupe des 77 guidé par Pékin avait voulu forcer la reconduction de Kyoto, pour que les pays « riches » continuent à porter seuls l’effort de baisse, les émergents gardant toute liberté. Quoique la Chine, soit 1er pollueur, depuis 2007. Les scientifiques avertissent : suite à une poussée mondiale de +6% des émissions de C02 en 2010 (et de 33% en Chine depuis 2006), pour limiter à 2% le réchauffement d’ici 2100, c’est déjà trop tard.
Mais Pékin semble soudain en pleine effervescence. La ministre salue sa « forte prise de conscience » de la « non-durabilité de la croissance », convergente avec la position française: désireuse de compromis. Pour autant, cette main tendue n’est pas -encore- suivie de concessions sur ce qui fâche. Elle parle toujours «intensité carbonique» et non «baisse d’émissions », et émet toujours plus. Son attitude reste ambiguë, entre sa rigidité ombrageuse et sa maturation aux responsabilités de puissance. « NKM » devine pourtant une tentative de revirement, déjà nette dans les objectifs du XII. Plan, en consommation d’énergie (+17% d’efficacité carbone) et d’eau (+30% d’efficacité d’usage). Après son départ le 9/11, le Conseil d’Etat a adopté un plan de 17% de coupes des émissions, et de brûlage de 4,1milliards de tonnes de houille en 2015 (contre 3,2milliardst en 2010) – même si les provinces, sourdes à ses appels, prétendent en brûler 4,6MMt. La détermination de Pékin semble d’acier.
Sur l’examen de conscience que s’impose la Chine, d’autres pays d’Union Européenne perçoivent les mêmes signaux. À Berlin, « il y a une remise en cause… mais pas encore accompagnée d’un contenu à offrir à l’Ouest ». À Londres et Bruxelles, on se donne quatre ans pour entraîner la Chine, les autres pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et les USA vers un accord sur une base nouvelle et équitable, à signer d’ici 2015, à appliquer d’ici 2020.
La France, elle, espère de Durban un « mandat » pour négocier la prorogation de Kyoto, moyennant une concession que la Chine, chef de file, soumettrait au clan émergents : tels des quotas de réduction «nationaux contraignants», ou «liés à des conditions économiques». Pour encourager cette coopération fructueuse aux firmes françaises, grandes (Suez – eau) ou petites (Keolis – transports, Citelum – éclairage public), la ministre a proposé une coopération franco-chinoise pour la création de filières ‘circulaires’ d’interconnexion d’industries et de services à bas carbone, ou « de fonctionnalités », telle l’ «autolib» de voitures libre-service, où Paris s’épargne des milliards d’² d’investissements redondants tout en assurant aux citadins un service moins invasif et moins cher.
Si elles parvenaient à adopter un mandat post-Kyoto à Durban, les nations auraient la voie ouverte pour créer un « organe mondial de l’environnement », 6 mois plus tard à Rio (pour le 20ème anniversaire de la convention éponyme).
Mais la ministre ne peut exclure à Durban l’autre scénario-horreur, où Pékin reste sans rien offrir, se réfugiant derrière la paralysie des USA. Alors, les « 77 » se retireraient, sourds à tout compromis. Le sommet de Rio servirait de trompe-l’oeil pour faire oublier la retombée de l’espoir, la passivité des nations face à un réchauffement désormais inéluctable.
C’est ainsi que la planète retient son souffle, face à ce débat dont dépend son sort 100 ans plus tard. A Durban, selon la capacité chinoise à se remettre en cause, ça passe ou ça casse !
Sommaire N° 37