Joint-venture : Marché chinois des commodities – GDF SUEZ place ses pions

En signant leur accord de synergie le 31/10 à Pékin, G. Mestrallet, PDG de GDF SUEZ et Lou Jiwei, du fonds souverain CIC ( China Investment Corporation), offrent à leurs groupes un « tournant historique ». Révélée cet été, l’affaire voit CIC injecter 2,9 milliards d’² dans le géant mondial des « commodities » (eau, gaz, électricité) contre 30% de sa branche Exploration-Production et ses 10% de parts dans le pôle de liquéfaction de gaz Atlantic LNG, sur l’île antillaise de Trinité-et-Tobago.

Cet argent frais permet à GDF SUEZ de réduire son immobilisation de capitaux (40,7 MM² fin juin) et d’accélérer sa pénétration mondiale, selon sa vocation, définie à sa naissance par fusion en 2008. En Chine, CIC peut parrainer GDF SUEZ dans le marché du GNL (Gaz Naturel Liquéfié), dont la consommation doit quadrupler d’ici 2020 à 400 milliards de m3. Avec ses parts, la CIC a intérêt à promouvoir son allié, en lui trouvant des partenaires. 

Comme dans l’autre contrat signé le même jour avec Cnooc (n°1 des hydrocarbures offshore), de mise à disposition d’un méthanier regazéificateur, pour «plus de 250 millions de $ ». Affaire précédée l’an dernier d’un autre contrat avec la même Cnooc, de livraison de 43 méthaniers (2,6 millions de tonnes de GNL) de 2013 à 2016, pour plus d’1 milliard de US$. 3ème importateur mondial de GNL, GDF SUEZ dispose de la flotte spécialisée pour livrer le marché chinois.

À terme, cette synergie vise tous les métiers de GDF SUEZ, tel le retraitement et la distribution d’eau, où elle a créé en 35 ans, 26 JV de retraitement comme à Chongqing ou Shanghai. Ici, les besoins sont sans limites, vu la baisse de 13% des réserves d’eau de 2000 à 2009. Le XII. Plan (2011-2015) vise l’économie d’eau de 30% par point de PIB pour une consommation de 620 milliards de m3 (599 millairds de m3 en 2010). L’État annonce 609 millions de $ en 10 ans de réparation du système d’irrigation, cofinancé par le niveau local, avec 10% de ses ventes foncières.

D’autres marchés potentiels sont aussi importants, tels le chauffage et la climatisation urbaine collective, voire le nucléaire aujourd’hui « sous cloche », mais où le groupe dispose d’un savoir-faire et de grandes ambitions, tant dans les centrales de 3ème génération que dans la 2nde vie de centrales en bout de course.

Mais ce dont on parle peut-être le plus, autour de cette alliance, est le marché de l’étranger – associant des banques chinoises, comme ICBC (accord piloté par CIC, en voie de finalisation) et des industriels chinois sur des marchés où la Chine est bien placée (Asie du Sud-Est, Afrique, Amérique Latine).

Cet espoir éclaire le risque pris par CIC, en s’adossant pour la 1ère fois à un groupe industriel non chinois, et en réalisant son plus gros investissement en devises depuis sa création en 2007 -supérieur même aux 3 milliards de $ qu’il avait placé dans le fonds Blackstone (USA) en 2008. Cette mise ne lui avait pas réussi, sombrant quelques mois plus tard dans la crise qui valait à CIC une « ardoise » totale de 6,7milliards de US$. Mais pour ce fonds d’Etat, à l’heure du grand blizzard monétaire mondial, la pire des solutions serait de ne rien faire de ses 409 MM$ en devises, et d’attendre passivement la suite des événements, renonçant à placer et à diversifier.

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