Argent : La Chine riche s’exile

Depuis l’été 2010, l’US Trade Department constate des transferts de fortune venus de Chine, avec rachats d’affaires ou de biens à des prix trop élevés, suggérant une hâte suspecte.

Deux études paraissaient, en février par Merchants Bank et Bain&Co, et en novembre par Hurun (expert en fortunes chinoises) et la Banque de Chine.

Selon la 1ère, 27% des Chinois disposant de 15 millions de $ auraient déjà émigré, et 47% seraient sen train de le faire, ayant accompli les formalités. Selon la 2de, 14% des 980 millionnaires chinois en $ seraient déjà partis, et près de la moitié s’y prépareraient. Ces chiffres, dont le sérieux est incontestable (vu la qualité des auteurs des études), semblent refléter une crise de confiance envers l’Etat, même de la part des riches.

A cette migration, ces études prêtent des motivations convergentes.

Les fortunes s’exilent :

[1] Pour mettre leurs enfants dans de bonnes écoles. À rapprocher des 300 000 jeunes qui étudient à l’étranger, avec un taux de progression de 20-30% par an (600 000 prévus en 2015). Malgré des équipements modernisés (nouveaux locaux, terrains de sport, ordinateurs), l’école chinoise n’a pas le niveau mondial ;

[2] Ils partent pour assurer la sécurité de leurs biens, échapper aux enquêtes de corruption et à la vindicte de jaloux, notamment aux chasses aux sorcières sur internet ;

[3] Après des études ou de courts séjours à l’étranger, ils sont prêts pour le grand saut : la qualité de vie, de l’air, des services (système de santé), le climat culturel, sont de puissants moteurs ;

[4] et c’est seulement en 4ème position qu’apparaît la peur d’un effondrement économique chinois – ils n’y croient pas vraiment. Ces départs expriment plus un vote critique, pour la lenteur de l’évolution des moeurs politiques.

L’enquête ne mentionne pas que, pour certains, émigrer c’est aussi pouvoir donner librement naissance à un 2ème enfant et contourner le planning familial. Pourtant, en cas de retour au pays, les amendes restent en vigueur (sauf si l’enfant a été déclaré à l’ambassade en sollicitant un « permis de voyage », avant de décider de sa nationalité définitive, à 18 ans révolus), mais l’Etat maintient leur montant à un niveau largement acceptable pour ces fortunés, ne souhaitant pas non plus décourager leur rapatriement.

L’Etat tente tout de même de réagir par la mise en place de toute une série de contrôles financiers afin de surveiller les fuites de capitaux (notamment via les institutions de jeu à Macao).

La dernière en date vise les hauts cadres. Depuis l’été, dans 10 provinces, pour un an, un projet pilote retient les passeports des candidats aux voyages (privés ou d’affaires), le temps pour la province de vérifier l’état de leurs finances. Chaque année, des milliards de $ en fuite sont repérés et la Chine réclame—parfois avec succès—l’extradition des coupables.

Malgré tout, les départs ne s’arrêtent pas, mais s’amplifient, attestés par la multiplication d’achats de biens immobiliers coûteux dans les pays riches, et celle de visas d’« investisseurs » délivrés à des Chinois, moyennant dépôts de très gros montants dans le pays d’accueil.

Tout cela peut avoir des conséquences pour l’économie chinoise : désinvestissements, recul de l’emploi et de la consommation… L’État a donc tout intérêt à enrayer l’hémorragie.

Avez-vous aimé cet article ?
Note des lecteurs:
0/5
9 de Votes
Ecrire un commentaire