Aviation : Ciel et Espace, la Chine explore—toute seule

Pékin, 3 novembre, 1h35 : l’insomnie du 1er Ministre Wen Jiabao, cette fois, a une raison plutôt joyeuse. Depuis le centre de commande spatiale de Pékin, la Chine vient d’arrimer Shenzhou-8, cabine inhabitée, à Tiangong-1, la station prototype, sur orbite depuis septembre à 343 km de la Terre. Il aura fallu deux jours de course-poursuite et cinq manoeuvres humaines, suivies d’un téléguidage par laser et ondes. L’exercice sera répété deux fois en 2012, dont une avec un (ou une !) « Taïkonaute » à bord. La station, elle, attendra 2020 pour être opérationnelle. 

La Chine avance – seule- à la conquête de l’espace : la Russie ne vise plus les vols habités et les USA ne comptent tester leur prochaine fusée qu’en 2017. Tiangong-1 espère peser 66t en 2020, bien moins que la Station spatiale internationale de 431t (dont elle n’est pas membre).

A proprement parler, elle n’est qu’un remake des ancêtres russes et US, lancés 40 ans plus tôt. Mais son programme, contrairement aux autres, est en plein essor ! En 2011, elle aura lancé 20 fusées, 25 satellites (n°2 mondial, derrière la Russie). En 2012, elle ira sur la Lune (vol non-habité). Elle accélère aussi son programme Beidou avec 35 satellites « GPS » —alors que l’Europe vient de lancer ses deux 1ers « Galileo » depuis Kourou (Guyane), via une fusée russe Soyouz.

La Chine marche vers l’espace à l’écart des nations, par consentement mutuel, ou par tradition. Il y a d’une part les restes de souci maoïste d’indépendance stratégique. Et de l’autre, l’ambiguïté de sa démarche militaire : témoin, sa destruction par un missile d’un de ses propres satellite en 2007. Après le succès de la mise en orbite de Shenzhou-8, les savants chinois ne manquaient pas de relever la précision du tir, avec une marge de « 12m seulement – record chinois, peut-être mondial de précision ». A bon entendeur…

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La Chine ne pense pas qu’à son avenir de puissance spatiale, mais aussi à celui de son aviation (marché de +7,2%/an d’ici 2030) et à l’envolée de la note de fuel de sa flotte. Le pétrole sera taxé par le système de l’Union Européenne des crédits carbones. Pékin le combat encore, mais le sait inéluctable. Or, à ce poison, existe un antidote : le biocarburant qui, face aux carburants fossiles, émet 85% de moins de CO2.

Le 29/10, avec pour cobaye un Boeing 747-400 vieillissant, Air China procédait à son 1er vol propulsé par ce biofuel. Durant une heure, autour de Pékin, un des quatre réacteurs carbura à un mélange de kérosène et d’essence de jatropha, une euphorbiacée aux graines pleines à 35% d’huile, annoncée dès les années 2000 comme miraculeuse, car cultivable sur des sols arides, donc non concurrente des cultures alimentaires. En 2007, l’administration nationale des forêts prédisait que, sous 13 ans, avec l’apport d’autres plantes, le pays en tirerait 6 millions de tonnes de bio-diesel. Depuis, 200 000 ha ont été plantés, notamment au Sichuan et au Yunnan.

Mais selon un témoin direct, le rendement de cette culture « politique » n’est pas au rendez-vous : elle survit bien sur sols secs, mais sans rien produire. Elle est même toxique et invasive, ce qui lui a valu une interdiction de culture en Australie. Un groupe comme BP a même revendu pour un petit million de $ sa JV de culture expérimentale.

Aussi, l’avenir de cette coopération privilégiée avec le gouvernement américain est tout sauf garanti !

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